Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.
ENFANCE
J : Parce qu’on est citoyen d’un monde qu’il faut changer chaque seconde, une vision large et profonde j’fais le tour de la terre ronde, n’y voit que des amis, très peu d’ennemis, surtout des gens tristes et salis. Ma chanson ne va pas sauver le monde mais j’prends le bon chemin pour rendre l’avenir moins incertain ; si j’peux oser, proposer, une dose, d’osmose, de sagesse, entre nos mains parfois funestes, j’tire dans le tas et n’attends pas, pour les yeux de cet enfant, qui porte un deuil harcelant.
L : Parce que nous devons nous mettre en tête que nous avons une responsabilité non pas seulement sur nos propres enfants, mais sur tous les enfants du monde, de Tokyo à Los Angeles en passant par Madrid. C’est pour tous ceux-là, nos enfants, ceux des autres, que nous devons œuvrer chaque jour pour leur offrir la meilleure des vies possibles...et nous en sommes encore loin. Aujourd’hui, nombre d’Organisations Non Gouvernementales font la promotion de plans de parrainage d’enfants défavorisés : pour dix ou vingt euros par mois, il est possible de communiquer avec un enfant du tiers-monde en le parrainant. Une partie des sous est reversée à l’enfant, et l’autre partie est destinée à améliorer son environnement : accès à l’eau potable, soins médicaux, éducation...
Mais n’oublions pas qu’en France aussi nous avons un nombre considérable d’enfants dans le besoin.
A : Parce que l’amour racle parfois les portes de manière insensée, comme un chat effaré qui vient de se faire agresser. Installons des rideaux, brisons ce qui l’incommode, afin que nos cœurs voyagent en deux antipodes. Il y a dans l’enfant immature, tellement d’âme de notre nature, que l’on ne doit s’empêcher, de tendre l’oreille et bien l’écouter, de courber notre vieux dos blasé, laissant sur nos épaules expérimentées, une place à ce bel être entier.
M : Parce que j’comprends pas pourquoi dans la cour à la récré, tout le monde se fait la guerre ou alors y’a des clans qui se parlent pas, comme si on n'était pas pareil. Machin n’est pas copain avec truc, alors bidule pense que machin est idiot, et truc dit des méchancetés sur trucmuche parce qu’il est copain avec machin...ils m’énervennnnt...! Et les profs ils en ont rien à faire, ils font qu’engueuler tout le monde et ils nous écoutent pas.
A : Parce que sous les réverbères éclatants du savoir et de la connaissance, meurt un être dont l’aisance aurait dû être d’aimer avec complaisance. Enfants du lendemain, enfants de France et enfants de nos cœurs, regardez-les grandir, sûrs d’eux et plein d’avenir ! Ils ne font que traverser nonchalamment, l’ignoble pont des soupirs. J’aimerais retourner à l’école, si c’est pour apprendre à aimer, si de toute cette vie folle, j’en comprends l’étrangeté, si de toute cette grande foule, j’en adore la moitié, et si le reste qui m’ignore, ou bien me tord ou bien me mord, dans mon cœur je l’endors.
J : Parce que les gosses crèvent entre vos lèvres, c’est la course à l’économie, bon dieu, pauvres lièvres, politiques, et instits, le fric vous détourne, de vos vraies dettes, au lieu de vous lever vous faites, les soubrettes, heureusement les fortes têtes ne passent pas, par vos sectes. Et de l’éduc le ministre est sinistre, y’a plus d’éducation civique, j’mets mon gosse à l’école comme un MP3 sur USB et si j’suis fauché, il ira dans l’public, c’est logique.
L : Parce que ce sont nos enfants qui vont construire l’avenir, ce sont eux qui feront évoluer la société de demain, mais s’ils n’ont pas les valeurs qu’avaient nos parents, si leurs repères moraux sont peu fiables, s’ils ne sont habitués qu’à travailler machinalement sans qu’on les intéresse aux leçons, sans qu’ils se reconnaissent dedans ou qu’ils se sentent concernés, quelle société laisseront-ils, eux-mêmes, à leurs enfants ? En 1996, lors d’une intervention télévisée accordée à la chaîne privée TF1, Jacques Chirac annonçait qu’il souhaitait “rétablir la morale civique pas seulement en donnant l’indépendance aux juges, mais aussi en réhabilitant l’éducation civique”. C’est tellement simple de faire évoluer la société dans le bon sens qu’il est rageant de voir que rien, ou si peu, n’est fait pour changer la donne.
M : Parce que j’veux qu’on m’apprenne à connaitre mes copains et les autres gens aussi, parce que y’en a des très bizarres mais peut-être qu’ils sont sympas en fait. L’autre jour y’avait un clochard devant l’école, maman a dit qu’il ne fallait pas l’approcher, qu’il pouvait bien être gentil mais qu’on savait pas. Mais tous les élèves se moquaient de lui, y’a même Gaël qui l’a imité et ça a fait rire toute la classe. Le clochard, lui, il avait pas vraiment l’air d’avoir envie de rire.
M : Parce que mon cousin qui est au lycée, il me dit qu'il s’ennuie comme un rat mort à l’école, que les professeurs ne lui apprennent pas grand-chose d’intéressant et que ça lui servira à rien plus tard. Moi ça va, j'aime bien l'école pour l'instant, mais c'est vrai que j’ai jamais vu maman se servir d’un compas, à part le jour où elle avait besoin d’un truc fin pour réparer sa paire de lunettes. Et encore, elle criait et était toute rouge parce qu’elle n'y arrivait pas.
L : Parce que ce n’est pas que les enseignants manquent de pédagogie, encore que...mais beaucoup manquent d’empathie, ils ne se mettent pas suffisamment à la place de leurs élèves pour comprendre la façon dont ils perçoivent une leçon. La pédagogie Freinet, par exemple, propose de bonnes pistes pour mieux encadrer l’enfant durant sa scolarité. Deux ans avant sa mort, Freinet rédigea trente invariants pédagogiques, l’un d’eux étant : “On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'École. Un régime autoritaire à l'École ne saurait être formateur de citoyens démocrates”. Il est vrai qu’il faut former des démocrates, mais pour cela, il faut arriver à rendre les élèves curieux, et non à les dégouter d’une matière.
J : Parce que j’ai cette impression, une sale sensation, qu’à l’école on écarte les polissons, mais l’temps a toujours vu des rebelles, des p’tites révolutions, ce n’est pas une fiction, certains en manque d’affection, d’autres doués d’un esprit de contradiction, ou p-t’être que lors de l’ovulation, bêtise était leur destination, ils se moquent des cours et de toutes vos leçons, foutent le boxon, ce n’est pas une raison pour abdiquer devant votre mission. Intéresser un jeune, qui a dit que c’était une bénédiction ?
A : Parce que l’école, c’est l’humanité qui transpire sa chaleur, un hectare de mille fleurs toutes dignes du bonheur, qui brandissent au rythme du pollen, leur fierté d’être en vie. Alors portons au front ce qui corrompt nos âmes, toutes ces abeilles tueuses nous sifflant qu’un enfant, a certainement moins de charme s’il ne se tient sagement, devraient planter leur dard ailleurs que dans nos crânes.
L : Parce que les livres d’Histoire ne nous montrent qu’une des nombreuses facettes de la réalité. On commence avec l’histoire de France, la Gaule, on parle de Vercingétorix, Clovis, les Celtes...Puis des deux guerres mondiales, de la révolution industrielle, mais tellement, tellement peu des colonisations...des différentes migrations sur Terre qui font que finalement, aucun de nous n’a de sang “cent pour cent” français...ou Italien, Chinois, etc. L’Histoire est une matière noble, et qui dit noble dit sincérité, afin de ne pas avoir à répéter nos erreurs, et de porter un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Honoré de Balzac a affirmé dans son livre Illusions perdues, qu’il existait deux histoires : l’une officielle, qui est menteuse, et l’autre, une histoire cachée, secrète, qui recèle les véritables causes des évènements. Nous voulons connaitre ses causes.
M : Parce qu’on était tous énervés contre les allemands quand on est sorti du cours d’Histoire l’autre jour, alors que maman m’a expliqué que c’était pas contre eux qu’il fallait être énervé mais sur la vie en général, et surtout le fait que la nature a créé le monsieur qui s’appelle Hitler. J’ai pas très bien compris mais elle m’a expliqué pendant une heure donc après ça allait mieux. Elle m’a dit aussi que c’est bien beau d’en vouloir aux allemands, mais les français, on n était pas bien plus joli non plus quand on a envoyé des juifs se faire tuer.
J : Parce que ma prof d’Histoire, en cours a lissé ma mémoire, m’a toujours laissé croire, en des listes bien noires, des semblants de miroirs, des textes tailladés au hachoir, rangeant banalement au placard, des détails de comptoir. Mais quelques piliers de bar, sont parfois plus bavards, que des profs en mode zonards : tendez l’oreille, leurs histoires sont les mêmes, pourtant ils n’ont pas leur pareil, pour que même les cancres les aiment.
A : Parce qu’elle est dure, mais aussi tendre elle nous enveloppe, jamais bien sûre, on veut l’entendre sauf interlope. L’apercevoir, à nos sens ne suffit pas, car l’on ne peut s’en émouvoir, qu’en lui ouvrant bien grand nos bras, dans un souci d’émulation, en épanchant notre mémoire, beau geste humain qui est l’action, d’ouvrir son cœur à son savoir. Qui sont donc ces démons qui la hantent et la tourmentent, qui l’investissent et la trahissent, oublient le tréfonds de son âme et éclipsent certains de ses drames ? Cachez donc ses horreurs, mais sachez, grand seigneurs, qu’en tout bien tout honneur, nous n’en avons pas peur : l’Histoire, c’est nous.
J : Parce que la star’ac raquette ton âme, lui prend toute son éthique, te laisse que l’esthétique pour qu’tu joues aux belles dames. Elles ont coincé leur charme entre le gloss et le botox, leur parole est un drame, aiguisée comme une lame, perdue comme un blaireau, chauffée sous l’pet d’un âne et puissant comme un rototo. Un noir homo rend tellement bien sous projecteurs, finit les préjugés le black n’est plus un agresseur.
A : Parce que l’on trie sur le volet de piètres écoliers, gardiens d’une morale acquittée par le vice ; quelle triste vérité que de voir enrôlé, pour notre société, bataillon de novices ! Ils veulent trop exister, se donnant tout entier, à une foule de carnassiers, aux dents bien acérées. Comment grandir fièrement si l’on donne tous ces moments, à la race la plus putride, des programmes de télé ? Ils entrent dans nos têtes, qui crament sous acide, pour que l’ouvrier honnête tende vers le sordide. Cachons-nous de honte, face aux jeunes encore candides, nous leur offrons clairement, l’honneur d’être stupides.
L : Parce que nos enfants grandissent avec des médias qui se tournent de plus en plus vers l’apparence et la consommation. Je ne vous dirai pas que certaines valeurs essentielles à une vie en communauté harmonieuse s’effritent avec le temps ; c’est un discours que tout le monde connait et dont on ne mesure pas assez la portée. J’essaierai donc de vous donner un simple exemple. Prenons un jeune homme lambda, ni trop bête, ni trop intelligent. Il adapte ce qu’il voit à la télé à l’école, dans son milieu social, il grandit avec l’esprit de compétition, voire, pourquoi pas, de marcher sur l’autre pour réussir. S’il est de nature à considérer ce genre de comportement comme répulsif, il reste néanmoins évident qu’il grandira tout de même avec l’idée que la société est comme cela et qu’il ne faut compter que sur soi. La compétition est bonne quand le contexte est sain, ce qui n’est actuellement pas le cas. Elle est tout aussi bonne lorsqu’on la met en avant pour faire évoluer l’ensemble d’une population, ce qui, encore une fois, n’est pas le cas. Il ne s’agit pas d’élévation de la société mais d’individualisme et ça le jeune adulte l’a bien intégré.
Je prenais un jeune homme comme exemple, je ne vous parle même pas des jeunes filles qui complexent parce qu’elles n’ont pas le corps de la bimbo aperçue dans le dernier clip de RN’B des majors l’esprit trop tourné vers la machine à fric.
Il est certain qu’il ne faut pas généraliser, et que tous, nous réagissons différemment, selon notre culture, notre éducation et notre caractère, face à l’environnement auquel nous sommes soumis. Mais quand bien même ce ne serait qu’un petit groupe de personnes qui subirait directement les conséquences d’un tel modèle social, pourquoi ne tendrons nous pas vers ce qui est meilleur pour nous tous ?
M : Parce que...heu...j’veux pas grandir avec des bêtises plein la tête ! Déjà qu’en classe la maîtresse m’a mise à côté du garçon le plus idiot de l’école, qui s’amuse à soulever ma jupe à la cantine...sinon moi j’vais créer une bombe anti-cons quand j’serais grande et on en parlera plus. Faudrait pas qu'elle les tue par contre, juste qu'elle les rende intelligents.
A : Parce que les ravissants cœurs nés de nos sublimes ardeurs, méritent bien d’ouvrir leurs ailes, déployant leur fine dentelle, gracieux écrins de diamant dont la pureté dépend de notre volonté. Si devant nous leurs lèvres s’écartent, dans un élan dont l’instinct éclate, qu’ils portent un regard taquin ou encore plein de chagrin, ce n’est pas de pain rassis qu’ils ont besoin, mais d’une miche dont les blés d’or respirent encore, perdus dans la mie qu’à pleines dents on mort, enveloppée par une belle peau qui craque, comme les feuilles brunes et sèches d’un automne écarlate. Ce n’est pas un trésor que l’on leur doit, seulement ce à quoi ils ont droit.
L : Parce que lorsqu’on parle d’éducation, il nous vient forcément à l’esprit ce droit qu’un nombre effrayant d’enfants n’a pas la possibilité d’avoir ; la possibilité d’aller à l’école. L’UNESCO, organe de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture, ainsi que l’UNICEF, Fond des Nations Unies pour l’Enfance, sont les deux organismes qui reviennent le plus souvent lorsque l’on aborde le sujet. Les statistiques avancent des chiffres impressionnants ; près d’un milliard d’habitants dans le monde ne savent ni lire ni écrire leur prénom, et en France, plus d’un million et demi d’enfants en âge d’aller au primaire ne sont pas scolarisés. L’éducation n’est pas seulement essentielle pour faire de nous des citoyens responsables, aptes à faire avancer nos sociétés vers un avenir plus juste, l’éducation est tout aussi essentielle car elle permet d’éviter un taux de mortalité trop importante chez les jeunes enfants. Sans doute parce qu’on leur donne de quoi se nourrir. Mais aussi, il a été établi que les femmes analphabètes font deux fois plus d’enfants que les femmes qui sont allés à l’école. Et quand bien même leur quotidien est difficilement supportable, les hommes, quant à eux, s’ils ont suivi un enseignement, peuvent subvenir aux besoins de leur famille.
M : Parce que l’école, c’est pas si nul, en fait. On a des copains, y’a des profs qui sont sympas avec nous et puis on apprend plein de choses, même si des fois on sait pas trop pourquoi.
J : Parce qu’on voudrait cesser de courir après le sinistre pour le faire taire comme s’écrase l’empathie d’un ministre : depuis la nuit des temps on s’bat pour qu’enfin chaque enfant voit son avenir scintillant, en tout cas autrement, que dans une boule de cristal dégradante. On s’use la santé, déprime et désespère, de voir tous ces gosses en manque de repère, quand ils ont la chance d’avoir un père et une mère. C’est cette tragédie qui nous lie, on voudrait que chaque enfant lise, que le savoir, chacun d’eux le courtise, qu’avec l’école ils pactisent, pour pouvoir un jour dire, cette phrase bien argumentée : la culture n’est pas un luxe mais une nécessité.
L : Parce qu’il est une catastrophe dont on parle peu, mais depuis longtemps, et qui aurait dû être achevée il y a des années : la faim, qui demeure l’une des principales causes de mortalité dans le monde. A l’heure où nous allons dans l’espace, nous construisons des tunnels sous la mer, et nous développons des nanotechnologies, nous n’avons pas trouvé le moyen de nourrir la totalité de la planète. Il faut dire qu’au delà des aspects agricoles, les causes principales sont le manque de transports et l’insécurité. Mais je pense aussi qu’il est important de prendre en compte le fait que quatre multinationales se partagent 90% du commerce mondial des céréales, ce qui ne serait pas tant effrayant si l’on ne connaissait pas le pouvoir des lobbys, ni la suprématie de l’économie sur la philanthropie, ou encore si l’on ignorait que certains agriculteurs locaux des pays en développement voient leur production effacée devant les importations des pays riches ou l’implantation de leurs structures. Et nous sommes là, pauvres citoyens des pays riches, à ne pouvoir nous en soucier, trop occupés à survivre dans une société où le temps nous manque.
Attendez...à ne pas pouvoir, ou bien à ne pas vouloir ?
J : Parce qu’ils sont des millions crevant la dalle, as-tu déjà vu un gouffre sans fond, une faille, un abysse tellement béant que noir abîme, sont les yeux de l’enfant pourrissant sans un centime, comme si toute son âme, c’est aberrant, filait s’perdre dans ce trou béant.
M : Parce que...bin alors là je sais pas quoi dire. Maman elle a arrêté de me dire “mange ta soupe, y’a des enfants qui meurent de faim”, parce qu’elle sait que ça me fait trop mal au cœur. La dernière fois qu’elle m’a dit ça, je l’ai regardée avec des yeux tout ronds et tout humides.
A : Parce qu’il n’est grain de sable, que l’on ne laisse filer entre ses doigts, et ces graciles et tendres minois, doux comme le sirop d’érable, s’étendent, accablés, le long d’une mer, où les longs bateaux de sauvetage, rament dans un espoir amer, s’évertuant de ne repartir au large. Alors, sincèrement l’on tend la main, pour sauver ne serait-ce qu’un seul grain, enfant dont l’infamie de la famine, grouille en l’estomac qui rumine, enfant que la tragédie frappe, enfant dont le sort nous échappe.
J : Parce qu’il est des pays ou pour un mauvais salut, un enfant soldat te tue, si cette idée te torture ne doute pas de son statut, elle tire vrai comme leurs fusils, fusils d’assaut, ou uzis, la routine exige qu’ils s’usent vite, trop d’fois ils rugissent. Si y’en a que ça intéresse, matez donc Johnny Mad Dog10, ce gars-là a eu chaud aux fesses, s’il a beaucoup pris de drogue, c’était pour tirer sans tristesse.
M : Parce que j’peux déjà pas supporter que les gens se tirent dessus, alors quand ce sont des enfants, j’arrive même pas à y croire ! C’est pas possible, on peut pas être aussi débiles quand même ? Se tirer dessus ! Tirer sur quelqu’un, le tuer ! Mais bon sang de chiotte de caca de mouche de couillons la lune !! Rhaaa, j’ai envie de les étrangler ! Mince me voilà moi-même avec des envies de meurtre. Punaise de crotte de bique.
L : Parce que quand on ose imaginer qu’il y a des enfants soldats enrôlés en Colombie, en Afghanistan, ou encore au Soudan, l’on est prêt à redoubler d’efforts pour stopper cette injustice. Les enfants sont enrôlés de force ou bien endoctrinés, et avec la drogue, il est plus aisé de leur faire exécuter toute sorte d’ordres. On a même vu certains d’entre eux manger le foie ou le cœur de leurs ennemis, parce que leurs supérieurs affirmaient que cela les rendraient plus forts. Mais enfant-soldat n’inclut pas que les garçons : de nombreuses jeunes filles sont envoyées au front et transformées en véritables machines de guerre, par des individus aveuglés par une lutte qu’ils estiment juste, ou simplement par soif de pouvoir. Ces hommes-là ont bien compris que plus ils seraient ignobles, plus ils seraient respectés et craints. Nous réformons les États, les sociétés, les institutions, mais qu’en est-il de l’esprit humain, qui n’a pas changé en plusieurs siècles ?
A : Parce que pour entasser de tristes morts, aujourd’hui détritus puant bien fort, l’immoralité qui les souilla sans honte, ce sont des enfants, à ce que l’on raconte, que l’on engage sans aucun remord, que l’on plie sous d’inhumains efforts, comme des soldats jouets de notre sort. On a qu’une vie, dit-on, mais ces pauvres filles et garçons, passent par les maudits feux de l’enfer, avant même de goûter notre belle terre.
A : Parce qu’une grande sœur que l’on voit pousser les portes d’une vie d’adulte, ma foi dorées, Dieu qu’elle est belle, les yeux dans le ciel ! De bon sens elle en est pleine, tout comme d’un amour fraternel. Puis, naissent les enfants, et se dressent les crédits, dont le dard inique incise ses rêves et ses défis. Peu importe ! Puisque respirent tendres chérubins, son souffle raccourci demeure bien sain. Mais le temps n’a pas le temps d’entendre ses attentes, et cette sœur si belle et si pressée par ses affaires, laisse faire le temps, tyran de ses repères, n’a d’yeux que pour ses dettes, sonnantes et trébuchantes. Ses enfants dont le foyer brille, comblant leurs espérances, par la grâce d’une mère qui ne s’occupe d’elle que dans ses errances, celles dont il n’y a que les rêves pour briser l’abstinence.
M : Parce que maman je vois bien qu’elle s’occupe de moi, de moi de moi et de moi, et de la maison, et les factures tout ça, mais jamais elle s’occupe d’elle, c’est dingue, elle appelle même sa copine des fois pour qu’elle vienne l’aider. Et moi quand je veux l’aider elle me dit “laisse tomber tu es trop petite, c’est pas de ton âge, va plutôt jouer”. Alors moi je vais jouer avec le chat. J’aurai pu avoir un p’tit frère, mais j’ai un chat. C’est déjà pas mal.
L : Parce qu’en tant que parents on est amené à s’occuper des enfants, consacrer énormément d’énergie à l’entreprise dans laquelle on est salarié, gérer la maison et ses inconvénients, le ménage, les réparations, les factures...Parmi les nombreuses recommandations pour bien vieillir, l’une d’entre elle nous recommande de faire l’amour deux à trois fois par semaine. A l’heure actuelle, on ne peut pas vraiment dire que ce soit chose facile pour tout le monde...!
J : Parce qu’avec les rythmes infernaux, d’nos journées enfermés au, bureau, avec les enfants nos idéaux, on persévère à leur amener tout c’que nos pères sévères ont appris à nos airs pubères, on préfère s’occuper d’eux que de nous, prisonniers on reste plus près d’eux à genoux, les mômes notre oxygène, à croire qu'on aime vraiment que nos gènes, mais faudrait pas zapper notre santé, s’assassiner en s’assignant en résidence sanitaire, car on fera pas les fiers si devant nos fils on crève d’un cancer.
L : Parce que le mauvais stress chez les enfants peut avoir des conséquences plus ou moins importantes pour leur vie future. Même si les enfants gèrent chaque situation plus ou moins rude à leur manière, il est indéniable qu’on doit leur épargner certaines situations, et les éduquer dans un environnement stable, sain, et être très à l’écoute de leurs besoins. Car le stress chez l’enfant, aussi bien chronique que ponctuel, peut lui porter de forts préjudices dans sa vie future. De nombreux experts assurent que l’on peut apprendre dès notre plus jeune âge à faire face à des situations difficiles de façon positive, afin que le stress ne soit pas un poids ingérable, sans même que l’on s’en rende compte, à l’avenir.
A : Parce que l’on devient ce que l’on a vécu, inhérents dans l’âge, sales gosses traumatisés, comme des poupées que la vie a déçues, on se casse et nos grands yeux irisés, brûlent d’un feu aux vapeurs grasses et toxiques, qui se répandent sur nos corps connectés, dans un brouillard atomique et cynique.
M : Parce qu’on est des enfants quoi, et les divorces, les disputes tout ça, on comprend pas ! En plus on ne demande qu’à savoir, mais d’habitude on nous répond tout l’temps “tu comprendras quand tu seras grand” : on dirait que les adultes ils veulent pas se fouler, ou alors qu’ils savent pas eux-mêmes en fait. Si on nous expliquait tout on ferait moins de bêtises, par exemple on se serait pas moqué de Bertrand qui était bizarre si on avait su que ses parents, ils s’engueulaient tout le temps. C’est maman qui m’a expliqué qu’il était “mal dans sa peau” à cause de ça. Et lui si ses parents s’occupaient vraiment de lui, bah il serait moins triste.
J : Parce qu’un enfant qui dans sa vie a vu trop de guns, triste aujourd’hui, n’a connu qu’une vie sans fun11, sort forcément carrément brisé plié arraché, au bon goût des sourires sous nos yeux disséminés. La limite à fixer face au gosse affligé, issu des beaux quartiers d’apparence aseptisée, n’a de sens que si elle reste invisible, car tous sont les cibles de cicatrices bien crédibles, petites ou grosses, les éviter serait tout de même bien utile.
J : Parce que si p’tit au primaire j’étais pas obsédé par les pitts, pour parader, faire paniquer mes probables ennemis, à l’âge de quinze ans ç’aurait été du Baudelaire que je cite, plutôt que m’cacher derrière des babines en furie. Si j’avais pas grandi dans des tours encerclées, d’bitume encrassé, aujourd’hui les fleurs j’les aurais p-t’être plus respectées, si chez moi à réfléchir on m’avait entraîné, avoir un avis, pousser ma pensée contre des portes bien cadenassées, j’aurais pu être celui qui dans mes rêves change le monde sans faire de trêve.
L : Parce que les premières victimes de nos négligences sont les enfants. Je suis intimement persuadé que nos actes et pensées présents sont la conséquence directe de notre éducation passée ainsi que l’environnement dans lequel on a évolué, bien plus que l’on ne le croit. Je dis “intimement” car j’ai pris conscience que nombre d’entre nous connaissent ce phénomène mais n’en prennent pas acte dans la vie de tous les jours, dans leurs rapport avec l’autre. Notre expérience et les études scientifiques menées depuis quelques années nous ont prouvé que plus l'on vieillit et moins l’environnement n’a d’influence sur nous, mais il est évident et important de se le rappeler dans notre quotidien, que les traumatismes et les influences extérieures ont beaucoup plus d’impact sur le système nerveux d’un enfant que d’un adulte. L’un des chercheurs les plus célèbres dans le domaine de l’épistémologie génétique se dénomme Piaget, un célèbre psychologue suisse né en 1896 : c’est le père du constructivisme. Le constructivisme est une théorie qui établit un lien entre le développement de l’intelligence selon différents stades de notre vie et la biologie, c’est à dire l’organisation neuronale. Notre cerveau, nos neurones, se développent et s’organisent selon nos expériences quotidiennes et notre patrimoine génétique. Nous devons donc être extrêmement vigilants sur la façon dont nous élevons nos enfants.
M : Parce que j’veux pas être idiote plus tard, ou méchante ou faire des trucs bizarres parce que je vais pas bien ou que j’ai eu des problèmes quand j’étais p’tite. Si vraiment les idiots sont bêtes à cause de trucs qu’on leur a pas appris quand ils avaient mon âge, y'a intérêt à ce que maman m'apprenne absolument tout ce qu'elle sait !
A : Parce que l’attention à porter sur les graines de nos terres, l’énergie à consacrer pour les voir étendre, de leurs belles feuilles émergeant de poussière et de cendres, une tête bien droite, scintillante et filant dans les airs, doivent avoir l’audace d’un David frôlant l’éther, terrassant Goliath sans un poing de rage insensée, mais avec l’esprit contrôlé, de la plus grande des armées.
L : Parce qu’il n’y a que l’amour qui peut nous sauver, c’est une base fondamentale comme la viande dans un tagine. Hors, ce n’est pas ce que l’on apprend en priorité à nos enfants, dont la famille ne fait pas toujours un excellent travail. Il va de soi qu’avant toute chose, pour bien vivre dans notre société, et par extension sur cette planète, nous devons apprendre cette chose fondamentale, indispensable, inévitable, qu’est l’amour : amour de la nature, qui nous offre la beauté, la chance de respirer...Amour de l’autre, qui est dans le même bateau que nous...Amour de la vie, simplement. “L’amour sans éternité s’appelle angoisse. L’éternité sans amour s’appelle enfer.” Cette phrase-là me vient de Gustave Thibon, un philosophe du XXième siécle.
M : Parce que moi à la maison maman elle m’apprend plein de trucs, c’est chouette, et elle me dit qu’il faut aimer les gens, la nature, tout ça tout ça. Mais à l’école c’est vrai qu’il y en a qui oublient vite, quand je vois cet idiot de Barthélémy qui passe sa vie à me casser les noix...Même celui-là, maman me dit qu’il faut l’aimer, mais que j’dois pas être aveugle non plus et me laisser faire.
A : Parce qu’il faut sauver l’amour, en se prenant par la main, sans aucune honte de faire le bien, le faire vivre pour toujours. Sinon, c’est comme des rats que l’on crèvera, regard sale, haleine putride, notre vie sera teintée d’homicide, et par le sang noir de l’au-delà, le mot Judas couvrira nos bras. Les enfants sont les adultes de demain, n’en prendre pas assez soin, c’est pourrir un peu, fermer ses portes au lendemain, mourir doucement, à petit feu.
J : Parce qu’on doit s’serrer les coudes, si on veut faire bouger les foules, briser les moules et assagir nos p’tits bouts de chou. On a tendance à penser, qu’ici nos gosses ont de la chance...Mais plus l’temps passe, plus j’avance et plus j’vois des absences...Sans doute la routine, elle s'installe en nos rétines, pour qu’on ne voit pas tous ces trépas, de l’amour derrière nos pas, je ne dis pas, croyez-moi, qu’on est allé vraiment trop bas, il y a pire, c’est un fait, mais dans nos têtes l’Empire empire.
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