Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 08:22

Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.

 

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ENFANCE

 

 

 

 

J : Parce qu’on est citoyen d’un monde qu’il faut changer chaque seconde, une vision large et profonde j’fais le tour de la terre ronde, n’y voit que des amis, très peu d’ennemis, surtout des gens tristes et salis. Ma chanson ne va pas sauver le monde mais j’prends le bon chemin pour rendre l’avenir moins incertain ; si j’peux oser, proposer, une dose, d’osmose, de sagesse, entre nos mains parfois funestes, j’tire dans le tas et n’attends pas, pour les yeux de cet enfant, qui porte un deuil harcelant. 

L : Parce que nous devons nous mettre en tête que nous avons une responsabilité non pas seulement sur nos propres enfants, mais sur tous les enfants du monde, de Tokyo à Los Angeles en passant par Madrid.  C’est pour tous ceux-là, nos enfants, ceux des autres, que nous devons œuvrer chaque jour pour leur offrir la meilleure des vies possibles...et nous en sommes encore loin. Aujourd’hui, nombre d’Organisations Non Gouvernementales font la promotion de plans de parrainage d’enfants défavorisés : pour dix ou vingt euros par mois, il est possible de communiquer avec un enfant du tiers-monde en le parrainant. Une partie des sous est reversée à l’enfant, et l’autre partie est destinée à améliorer son environnement : accès à l’eau potable, soins médicaux, éducation...

Mais n’oublions pas qu’en France aussi nous avons un nombre considérable d’enfants dans le besoin.

A : Parce que l’amour racle parfois les portes de manière insensée, comme un chat effaré qui vient de se faire agresser. Installons des rideaux, brisons ce qui l’incommode, afin que nos cœurs voyagent en deux antipodes. Il y a dans l’enfant immature, tellement d’âme de notre nature, que l’on ne doit s’empêcher, de tendre l’oreille et bien l’écouter, de courber notre vieux dos blasé, laissant sur nos épaules expérimentées, une place à ce bel être entier.

M : Parce que j’comprends pas pourquoi dans la cour à la récré, tout le monde se fait la guerre ou alors y’a des clans qui se parlent pas, comme si on n'était pas pareil. Machin n’est pas copain avec truc, alors bidule pense que machin est idiot, et truc dit des méchancetés sur trucmuche parce qu’il est copain avec machin...ils m’énervennnnt...! Et les profs ils en ont rien à faire, ils font qu’engueuler tout le monde et ils nous écoutent pas.   

 

A : Parce que sous les réverbères éclatants du savoir et de la connaissance, meurt un être dont l’aisance aurait dû être d’aimer avec complaisance. Enfants du lendemain, enfants de France et enfants de nos cœurs, regardez-les grandir, sûrs d’eux et plein d’avenir ! Ils ne font que traverser nonchalamment, l’ignoble pont des soupirs. J’aimerais retourner à l’école, si c’est pour apprendre à aimer, si de toute cette vie folle, j’en comprends l’étrangeté, si de toute cette grande foule, j’en adore la moitié, et si le reste qui m’ignore, ou bien me tord ou bien me mord, dans mon cœur je l’endors.

J : Parce que les gosses crèvent entre vos lèvres, c’est la course à l’économie, bon dieu, pauvres lièvres, politiques, et instits, le fric vous détourne, de vos vraies dettes, au lieu de vous lever vous faites, les soubrettes, heureusement les fortes têtes ne passent pas, par vos sectes. Et de l’éduc le ministre est sinistre, y’a plus d’éducation civique, j’mets mon gosse à l’école comme un MP3 sur USB et si j’suis fauché, il ira dans l’public, c’est logique. 

L : Parce que ce sont nos enfants qui vont construire l’avenir, ce sont eux qui feront évoluer la société de demain, mais s’ils n’ont pas les valeurs qu’avaient nos parents, si leurs repères moraux sont peu fiables, s’ils ne sont habitués qu’à travailler machinalement sans qu’on les intéresse aux leçons, sans qu’ils se reconnaissent dedans ou qu’ils se sentent concernés, quelle société laisseront-ils, eux-mêmes, à leurs enfants ? En 1996, lors d’une intervention télévisée accordée à la chaîne privée TF1, Jacques Chirac annonçait qu’il souhaitait “rétablir la morale civique pas seulement en donnant l’indépendance aux juges, mais aussi en réhabilitant l’éducation civique”. C’est tellement simple de faire évoluer la société dans le bon sens qu’il est rageant de voir que rien, ou si peu, n’est fait pour changer la donne.

M : Parce que j’veux qu’on m’apprenne à connaitre mes copains et les autres gens aussi, parce que y’en a des très bizarres mais peut-être qu’ils sont sympas en fait. L’autre jour y’avait un clochard devant l’école, maman a dit qu’il ne fallait pas l’approcher, qu’il pouvait bien être gentil mais qu’on savait pas. Mais tous les élèves se moquaient de lui, y’a même Gaël qui l’a imité et ça a fait rire toute la classe. Le clochard, lui, il avait pas vraiment l’air d’avoir envie de rire.

 

M : Parce que mon cousin qui est au lycée, il me dit qu'il s’ennuie comme un rat mort à l’école, que les professeurs ne lui apprennent pas grand-chose d’intéressant et que ça lui servira à rien plus tard. Moi ça va, j'aime bien l'école pour l'instant, mais c'est vrai que j’ai jamais vu maman se servir d’un compas, à part le jour où elle avait besoin d’un truc fin pour réparer sa paire de lunettes. Et encore, elle criait et était toute rouge parce qu’elle n'y arrivait pas.

L : Parce que ce n’est pas que les enseignants manquent de pédagogie, encore que...mais beaucoup manquent d’empathie, ils ne se mettent pas suffisamment à la place de leurs élèves pour comprendre la façon dont ils perçoivent une leçon. La pédagogie Freinet, par exemple, propose de bonnes pistes pour mieux encadrer l’enfant durant sa scolarité. Deux ans avant sa mort, Freinet rédigea trente invariants pédagogiques, l’un d’eux étant : “On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l'École. Un régime autoritaire à l'École ne saurait être formateur de citoyens démocrates”. Il est vrai qu’il faut former des démocrates, mais pour cela, il faut arriver à rendre les élèves curieux, et non à les dégouter d’une matière.

J : Parce que j’ai cette impression, une sale sensation, qu’à l’école on écarte les polissons, mais l’temps a toujours vu des rebelles, des p’tites révolutions, ce n’est pas une fiction, certains en manque d’affection, d’autres doués d’un esprit de contradiction, ou p-t’être que lors de l’ovulation, bêtise était leur destination, ils se moquent des cours et de toutes vos leçons, foutent le boxon, ce n’est pas une raison pour abdiquer devant votre mission. Intéresser un jeune, qui a dit que c’était une bénédiction ?

A : Parce que l’école, c’est l’humanité qui transpire sa chaleur, un hectare de mille fleurs toutes dignes du bonheur, qui brandissent au rythme du pollen, leur fierté d’être en vie. Alors portons au front ce qui corrompt nos âmes, toutes ces abeilles tueuses nous sifflant qu’un enfant, a certainement moins de charme s’il ne se tient  sagement, devraient planter leur dard ailleurs que dans nos crânes.

 

L : Parce que les livres d’Histoire ne nous montrent qu’une des nombreuses facettes de la réalité. On commence avec l’histoire de France, la Gaule, on parle de Vercingétorix, Clovis, les Celtes...Puis des deux guerres mondiales, de la révolution industrielle, mais tellement, tellement peu des colonisations...des différentes migrations sur Terre qui font que finalement, aucun de nous n’a de sang “cent pour cent” français...ou Italien, Chinois, etc. L’Histoire est une matière noble, et qui dit noble dit sincérité, afin de ne pas avoir à répéter nos erreurs, et de porter un regard lucide sur le monde qui nous entoure. Honoré de Balzac a affirmé dans son livre Illusions perdues, qu’il existait deux histoires : l’une officielle, qui est menteuse, et l’autre, une histoire cachée, secrète, qui recèle les véritables causes des évènements. Nous voulons connaitre ses causes.

M : Parce qu’on était tous énervés contre les allemands quand on est sorti du cours d’Histoire l’autre jour, alors que maman m’a expliqué que c’était pas contre eux qu’il fallait être énervé mais sur la vie en général, et surtout le fait que la nature a créé le monsieur qui s’appelle Hitler. J’ai pas très bien compris mais elle m’a expliqué pendant une heure donc après ça allait mieux. Elle m’a dit aussi que c’est bien beau d’en vouloir aux allemands, mais les français, on n était pas bien plus joli non plus quand on a envoyé des juifs se faire tuer.

J : Parce que ma prof d’Histoire, en cours a lissé ma mémoire, m’a toujours laissé croire, en des listes bien noires, des semblants de miroirs, des textes tailladés au hachoir, rangeant banalement au placard, des détails de comptoir. Mais quelques piliers de bar, sont parfois plus bavards, que des profs en mode zonards : tendez l’oreille, leurs histoires sont les mêmes, pourtant ils n’ont pas leur pareil, pour que même les cancres les aiment.

A : Parce qu’elle est dure, mais aussi tendre elle nous enveloppe, jamais bien sûre, on veut l’entendre sauf interlope. L’apercevoir, à nos sens ne suffit pas, car l’on ne peut s’en émouvoir, qu’en lui ouvrant bien grand nos bras, dans un souci d’émulation, en épanchant notre mémoire, beau geste humain qui est l’action, d’ouvrir son cœur à son savoir. Qui sont donc ces démons qui la hantent et la tourmentent, qui l’investissent et la trahissent, oublient le tréfonds de son âme et éclipsent certains de ses drames ? Cachez donc ses horreurs, mais sachez, grand seigneurs, qu’en tout bien tout honneur, nous n’en avons pas peur : l’Histoire, c’est nous.

 

J : Parce que la star’ac raquette ton âme, lui prend toute son éthique, te laisse que l’esthétique pour qu’tu joues aux belles dames. Elles ont coincé leur charme entre le gloss et le botox, leur parole est un drame, aiguisée comme une lame, perdue comme un blaireau, chauffée sous l’pet d’un âne et puissant comme un rototo. Un noir homo rend tellement bien sous projecteurs, finit les préjugés le black n’est plus un agresseur.

A : Parce que l’on  trie sur le volet de piètres écoliers, gardiens d’une morale acquittée par le vice ;  quelle triste vérité que de voir enrôlé, pour notre société, bataillon de novices ! Ils veulent trop exister, se donnant tout entier, à une foule de carnassiers, aux dents bien acérées. Comment grandir fièrement si l’on donne tous ces moments, à la race la plus putride, des programmes de télé ? Ils entrent dans nos têtes, qui crament sous acide, pour que l’ouvrier honnête  tende  vers le sordide. Cachons-nous de honte, face aux jeunes encore candides, nous leur offrons clairement, l’honneur d’être stupides.

L : Parce que nos enfants grandissent avec des médias qui se tournent de plus en plus vers l’apparence et la consommation.  Je ne vous dirai pas que certaines valeurs essentielles à une vie en communauté harmonieuse s’effritent avec le temps ; c’est un discours que tout le monde connait et dont on ne mesure pas assez la portée. J’essaierai donc de vous donner un simple exemple. Prenons un jeune homme lambda, ni trop bête, ni trop intelligent. Il adapte ce qu’il voit à la télé à l’école, dans son milieu social, il grandit avec l’esprit de compétition, voire, pourquoi pas, de marcher sur l’autre pour réussir. S’il est de nature à considérer ce genre de comportement comme répulsif, il reste néanmoins évident qu’il grandira tout de même avec l’idée que la société est comme cela et qu’il ne faut compter que sur soi. La compétition est bonne quand le contexte est sain, ce qui n’est actuellement pas le cas. Elle est tout aussi bonne lorsqu’on la met en avant pour faire évoluer l’ensemble d’une population, ce qui, encore une fois, n’est pas le cas.  Il ne s’agit pas d’élévation de la société mais d’individualisme et ça le jeune adulte l’a bien intégré.

Je prenais un jeune homme comme exemple, je ne vous parle même pas des jeunes filles qui complexent parce qu’elles n’ont pas le corps de la bimbo aperçue dans le dernier clip de RN’B des majors l’esprit trop tourné vers la machine à fric.

Il est certain qu’il ne faut pas généraliser, et que tous, nous réagissons différemment, selon notre culture, notre éducation et notre caractère, face à l’environnement auquel nous sommes soumis. Mais quand bien même ce ne serait qu’un petit groupe de personnes qui subirait directement les conséquences d’un tel modèle social, pourquoi ne tendrons nous pas vers ce qui est meilleur pour nous tous ?

M : Parce que...heu...j’veux pas grandir avec des bêtises plein la tête ! Déjà qu’en classe la maîtresse m’a mise à côté du garçon le plus idiot de l’école, qui s’amuse à soulever ma jupe à la cantine...sinon moi j’vais créer une bombe anti-cons quand j’serais grande et on en parlera plus. Faudrait pas qu'elle les tue par contre, juste qu'elle les rende intelligents.

 

A : Parce que les ravissants cœurs nés de nos sublimes ardeurs, méritent bien  d’ouvrir leurs ailes, déployant leur fine dentelle, gracieux écrins de diamant dont la pureté dépend de notre volonté. Si devant nous leurs lèvres s’écartent, dans un élan dont l’instinct éclate, qu’ils portent un regard taquin ou encore plein de chagrin, ce n’est pas de pain rassis qu’ils ont besoin, mais d’une miche dont les blés d’or respirent encore, perdus dans la mie qu’à pleines dents on mort, enveloppée par une belle peau qui craque, comme les feuilles brunes et sèches d’un automne écarlate. Ce n’est pas un trésor que l’on leur doit, seulement ce à quoi ils ont  droit.

L : Parce que lorsqu’on parle d’éducation, il nous vient forcément à l’esprit ce droit qu’un nombre effrayant d’enfants n’a pas la possibilité d’avoir ; la possibilité d’aller à l’école.  L’UNESCO, organe de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture, ainsi que l’UNICEF, Fond des Nations Unies pour l’Enfance, sont les deux organismes qui reviennent le plus souvent lorsque l’on aborde le sujet. Les statistiques avancent des chiffres impressionnants ; près d’un milliard d’habitants dans le monde ne savent ni lire ni écrire leur prénom, et en France, plus d’un million et demi d’enfants en âge d’aller au primaire ne sont pas scolarisés.  L’éducation n’est pas seulement essentielle pour faire de nous des citoyens responsables, aptes à faire avancer nos sociétés vers un avenir plus juste, l’éducation est tout aussi essentielle car elle permet d’éviter un taux de mortalité trop importante chez les jeunes enfants. Sans doute parce qu’on leur donne de quoi se nourrir.  Mais aussi, il a été établi que les femmes analphabètes font deux fois plus d’enfants que les femmes qui sont allés à l’école. Et quand bien même leur quotidien est difficilement supportable, les hommes, quant à eux, s’ils ont suivi un enseignement, peuvent subvenir aux besoins de leur famille.

M : Parce que l’école, c’est pas si nul, en fait. On a des copains, y’a des profs qui sont sympas avec nous et puis on apprend plein de choses, même si des fois on sait pas trop pourquoi.

J : Parce qu’on voudrait cesser de courir après le sinistre pour le faire taire comme s’écrase l’empathie d’un ministre : depuis la nuit des temps on s’bat pour qu’enfin chaque enfant voit son avenir scintillant, en tout cas autrement, que dans une boule de cristal dégradante. On s’use la santé, déprime et désespère, de voir tous ces gosses en manque de repère, quand ils ont la chance d’avoir un père et une mère. C’est cette tragédie qui nous lie, on voudrait que chaque enfant lise, que le savoir, chacun d’eux le courtise, qu’avec l’école ils pactisent, pour pouvoir un jour dire, cette phrase bien argumentée : la culture n’est pas un luxe mais une nécessité.

 

L : Parce qu’il est une catastrophe dont on parle peu, mais depuis longtemps, et qui aurait dû être achevée il y a des années : la faim, qui demeure l’une des principales causes de mortalité dans le monde. A l’heure où nous allons dans l’espace, nous construisons des tunnels sous la mer, et nous développons des nanotechnologies, nous n’avons pas trouvé le moyen de nourrir la totalité de la planète. Il faut dire qu’au delà des aspects agricoles, les causes principales sont le manque de transports et l’insécurité. Mais je pense aussi qu’il est important de prendre en compte le fait que quatre multinationales se partagent 90% du commerce mondial des céréales, ce qui ne serait pas tant effrayant si l’on ne connaissait pas le pouvoir des lobbys, ni la suprématie de l’économie sur la philanthropie,  ou encore si l’on ignorait que certains agriculteurs locaux des pays en développement voient leur production effacée devant les importations des pays riches ou l’implantation de leurs structures. Et nous sommes là, pauvres citoyens des pays riches, à ne pouvoir nous en soucier, trop occupés à survivre dans une société où le temps nous manque.

Attendez...à ne pas pouvoir, ou bien à ne pas vouloir ?

J : Parce qu’ils sont des millions crevant la dalle, as-tu déjà vu un gouffre sans fond, une faille, un abysse tellement béant que noir abîme, sont les yeux de l’enfant pourrissant sans un centime, comme si toute son âme, c’est aberrant, filait s’perdre dans ce trou béant.

M : Parce que...bin alors là je sais pas quoi dire. Maman elle a arrêté de me dire “mange ta soupe, y’a des enfants qui meurent de faim”, parce qu’elle sait que ça me fait trop mal au cœur. La dernière fois qu’elle m’a dit ça, je l’ai regardée avec des yeux tout ronds et tout humides.

A : Parce qu’il n’est grain de sable, que l’on ne laisse filer entre ses doigts, et ces graciles et tendres minois, doux comme le sirop d’érable, s’étendent, accablés, le long d’une mer, où les longs bateaux de sauvetage, rament dans un espoir amer, s’évertuant de ne repartir au large. Alors, sincèrement l’on tend la main, pour sauver ne serait-ce qu’un seul grain, enfant dont l’infamie de la famine, grouille en l’estomac qui rumine, enfant que la tragédie  frappe, enfant dont le sort nous échappe. 

 

J : Parce qu’il est des pays ou pour un mauvais salut, un enfant soldat te tue, si cette idée te torture ne doute pas de son statut, elle tire vrai comme leurs fusils, fusils d’assaut, ou uzis, la routine exige qu’ils s’usent vite, trop d’fois ils rugissent. Si y’en a que ça intéresse, matez donc Johnny Mad Dog10, ce gars-là a eu chaud aux fesses, s’il a beaucoup pris de drogue, c’était pour tirer sans tristesse.

M : Parce que j’peux déjà pas supporter que les gens se tirent dessus, alors quand ce sont des enfants, j’arrive même pas à y croire ! C’est pas possible, on peut pas être aussi débiles quand même ? Se tirer dessus ! Tirer sur quelqu’un, le tuer ! Mais bon sang de chiotte de caca de mouche de couillons la lune !! Rhaaa, j’ai envie de les étrangler ! Mince me voilà moi-même avec des envies de meurtre. Punaise de crotte de bique.

L : Parce que quand on ose imaginer qu’il y a des enfants soldats enrôlés en Colombie, en Afghanistan, ou encore au Soudan, l’on est prêt à redoubler d’efforts pour stopper cette injustice. Les enfants sont enrôlés de force ou bien endoctrinés, et avec la drogue, il est plus aisé de leur faire exécuter toute sorte d’ordres. On a même vu certains d’entre eux manger le foie ou le cœur de leurs ennemis,  parce que leurs supérieurs affirmaient que cela les rendraient plus forts. Mais enfant-soldat n’inclut pas que les garçons : de nombreuses jeunes filles sont envoyées au front et transformées en véritables machines de guerre, par des individus aveuglés par une lutte qu’ils estiment juste, ou simplement par soif de pouvoir.  Ces hommes-là ont bien compris que plus ils seraient ignobles, plus ils seraient respectés et craints. Nous réformons les États, les sociétés, les institutions, mais qu’en est-il de l’esprit humain, qui n’a pas changé en plusieurs siècles ?

A : Parce que pour entasser de tristes morts, aujourd’hui détritus puant bien fort, l’immoralité qui les souilla sans honte, ce sont des enfants, à ce que l’on raconte, que l’on engage sans aucun remord, que l’on plie sous d’inhumains efforts, comme des soldats jouets de notre sort. On a qu’une vie, dit-on, mais ces pauvres filles et garçons, passent par les maudits feux de l’enfer, avant même de goûter  notre belle terre.

 

A : Parce qu’une grande sœur que l’on voit pousser  les portes d’une vie d’adulte, ma foi dorées, Dieu qu’elle est belle, les yeux dans le ciel ! De bon sens elle en est pleine, tout comme d’un amour fraternel. Puis,  naissent les enfants, et se dressent les crédits, dont le dard inique incise ses rêves et ses défis. Peu importe ! Puisque respirent tendres chérubins, son souffle raccourci demeure bien sain. Mais le temps n’a pas le temps d’entendre ses attentes, et cette sœur si belle et si pressée par ses affaires, laisse faire le temps, tyran de ses repères, n’a d’yeux que pour ses dettes, sonnantes et trébuchantes. Ses enfants dont le foyer brille, comblant leurs espérances, par la grâce d’une mère qui ne s’occupe d’elle que dans ses errances, celles dont il n’y a que les rêves pour briser l’abstinence.

M : Parce que maman je vois bien qu’elle s’occupe de moi, de moi de moi et de moi, et de la maison, et les factures tout ça, mais jamais elle s’occupe d’elle, c’est dingue, elle appelle même sa copine des fois pour qu’elle vienne l’aider.  Et moi quand je veux l’aider elle me dit “laisse tomber tu es trop petite, c’est pas de ton âge, va plutôt jouer”. Alors moi je vais jouer avec le chat. J’aurai pu avoir un p’tit frère, mais j’ai un chat. C’est déjà pas mal.

L : Parce qu’en tant que parents on est amené à s’occuper des enfants, consacrer énormément d’énergie à l’entreprise dans laquelle on est salarié, gérer la maison et ses inconvénients, le ménage, les réparations, les factures...Parmi les nombreuses recommandations pour bien vieillir, l’une d’entre elle nous recommande de faire l’amour deux à trois fois par semaine.  A l’heure actuelle, on ne peut pas vraiment dire que ce soit chose facile pour tout le monde...!

J : Parce qu’avec les rythmes infernaux, d’nos journées enfermés au, bureau, avec les enfants nos idéaux, on persévère à leur amener tout c’que nos pères sévères ont appris à nos airs pubères, on préfère s’occuper d’eux que de nous, prisonniers on reste plus près d’eux à genoux, les mômes notre oxygène, à croire qu'on aime vraiment que nos gènes, mais faudrait pas zapper notre santé, s’assassiner en s’assignant en résidence sanitaire, car on fera pas les fiers si devant nos fils on crève d’un cancer.

 

L : Parce que le mauvais stress chez les enfants peut avoir des conséquences plus ou moins importantes pour leur vie future. Même si les enfants gèrent chaque situation plus ou moins rude à leur manière,  il est indéniable qu’on doit leur épargner certaines situations, et les éduquer dans un environnement stable, sain, et être très à l’écoute de leurs besoins. Car le stress chez l’enfant, aussi bien chronique que ponctuel, peut lui porter de forts préjudices dans sa vie future. De nombreux experts assurent que l’on peut apprendre dès notre plus jeune âge à faire face à des situations difficiles de façon positive, afin que le stress ne soit pas un poids ingérable, sans même que l’on s’en rende compte, à l’avenir.

A : Parce que l’on devient ce que l’on a vécu, inhérents dans l’âge, sales gosses traumatisés, comme des poupées que la vie a déçues, on se casse et nos grands yeux irisés, brûlent d’un feu aux vapeurs grasses et toxiques, qui se répandent sur nos corps connectés, dans un brouillard atomique et cynique.

M : Parce qu’on est des enfants quoi, et les divorces, les disputes tout ça, on comprend pas ! En plus on ne demande qu’à savoir, mais d’habitude on nous répond tout l’temps “tu comprendras quand tu seras grand” : on dirait que les adultes ils veulent pas se fouler, ou alors qu’ils savent pas eux-mêmes en fait. Si on nous expliquait tout on ferait moins de bêtises, par exemple on se serait pas moqué de Bertrand qui était bizarre si on avait su que ses parents, ils s’engueulaient tout le temps. C’est maman qui m’a expliqué qu’il était “mal dans sa peau” à cause de ça. Et lui si ses parents s’occupaient vraiment de lui, bah il serait moins triste.

J : Parce qu’un enfant qui dans sa vie a vu trop de guns, triste aujourd’hui, n’a connu qu’une vie sans fun11, sort forcément carrément brisé plié arraché, au bon goût des sourires sous nos yeux disséminés. La limite à fixer face au gosse affligé, issu des beaux quartiers d’apparence aseptisée, n’a de sens que si elle reste invisible, car tous sont les cibles de cicatrices bien crédibles, petites ou grosses, les éviter serait tout de même bien utile.

 

J : Parce que si p’tit au primaire j’étais pas obsédé par les pitts, pour parader, faire paniquer mes probables ennemis, à l’âge de quinze ans ç’aurait été du Baudelaire que je cite, plutôt que m’cacher derrière des babines en furie. Si j’avais pas grandi dans des tours encerclées, d’bitume encrassé, aujourd’hui les fleurs j’les aurais p-t’être plus respectées, si chez moi à réfléchir on m’avait entraîné, avoir un avis, pousser ma pensée contre des portes bien cadenassées, j’aurais pu être celui qui dans mes rêves change le monde sans faire de trêve.

L : Parce que les premières victimes de nos négligences sont les enfants. Je suis intimement persuadé que nos actes et pensées présents sont la conséquence directe de notre éducation passée ainsi que l’environnement dans lequel on a évolué, bien plus que l’on ne le croit. Je dis “intimement” car j’ai pris conscience que nombre d’entre nous connaissent ce phénomène mais n’en prennent pas acte dans la vie de tous les jours, dans leurs rapport avec l’autre. Notre expérience et les études scientifiques menées depuis quelques années nous ont prouvé que plus l'on vieillit et moins l’environnement n’a d’influence sur nous, mais il est évident et important de se le rappeler dans notre quotidien, que les traumatismes et les influences extérieures ont beaucoup plus d’impact sur le système nerveux d’un enfant que d’un adulte. L’un des chercheurs les plus célèbres dans le domaine de l’épistémologie génétique se dénomme Piaget, un célèbre psychologue suisse né en 1896 : c’est le père du constructivisme. Le constructivisme  est une théorie qui établit un lien entre le développement de l’intelligence selon différents stades de notre vie et la biologie, c’est à dire l’organisation neuronale. Notre cerveau, nos neurones, se développent et s’organisent selon nos expériences quotidiennes et notre patrimoine génétique. Nous devons donc être extrêmement vigilants sur la façon dont nous élevons nos enfants.

M : Parce que j’veux pas être idiote plus tard, ou méchante ou faire des trucs bizarres parce que je vais pas bien ou que j’ai eu des problèmes quand j’étais p’tite. Si vraiment les idiots sont bêtes à cause de trucs qu’on leur a pas appris quand ils avaient mon âge, y'a intérêt à ce que maman m'apprenne absolument tout ce qu'elle sait !

A : Parce que l’attention à porter sur les graines de nos terres, l’énergie à consacrer pour les voir étendre, de leurs belles feuilles émergeant de poussière et de cendres, une tête bien droite, scintillante et filant dans les airs, doivent avoir l’audace d’un David frôlant l’éther, terrassant Goliath sans un poing de rage insensée, mais avec l’esprit contrôlé, de la plus grande des armées.

 

L : Parce qu’il n’y a que l’amour qui peut nous sauver, c’est une base fondamentale comme la viande dans un tagine. Hors, ce n’est pas ce que l’on apprend en priorité à nos enfants, dont la famille ne fait pas toujours un excellent travail. Il va de soi qu’avant toute chose, pour bien vivre dans notre société, et par extension sur cette planète, nous devons apprendre cette chose fondamentale, indispensable, inévitable, qu’est l’amour : amour de la nature, qui nous offre la beauté, la chance de respirer...Amour de l’autre, qui est dans le même bateau que nous...Amour de la vie, simplement. “L’amour sans éternité s’appelle angoisse. L’éternité sans amour s’appelle enfer.” Cette phrase-là me vient de Gustave Thibon, un philosophe du XXième siécle.

M : Parce que moi à la maison maman elle m’apprend plein de trucs, c’est chouette, et elle me dit qu’il faut aimer les gens, la nature, tout ça tout ça. Mais à l’école c’est vrai qu’il y en a qui oublient vite, quand je vois cet idiot de Barthélémy qui passe sa vie à me casser les noix...Même celui-là, maman me dit qu’il faut l’aimer, mais que j’dois pas être aveugle non plus et me laisser faire.

A : Parce qu’il faut sauver l’amour, en se prenant par la main, sans aucune honte de faire le bien, le faire vivre pour toujours. Sinon, c’est comme des rats que l’on crèvera, regard sale, haleine putride, notre vie sera teintée d’homicide, et par le sang noir de l’au-delà,  le mot Judas couvrira nos bras. Les enfants sont les adultes de demain, n’en prendre pas assez soin, c’est pourrir un peu, fermer ses portes au lendemain, mourir doucement, à petit feu.

J : Parce qu’on doit s’serrer les coudes, si on veut faire bouger les foules, briser les moules et assagir nos p’tits bouts de chou. On a tendance à penser, qu’ici nos gosses ont de la chance...Mais plus l’temps passe, plus j’avance et plus j’vois des absences...Sans doute la routine, elle s'installe en nos rétines, pour qu’on ne voit pas tous ces trépas, de l’amour derrière nos pas, je ne dis pas, croyez-moi, qu’on est allé vraiment trop bas, il y a pire, c’est un fait, mais dans nos têtes l’Empire empire.

Par skyjoe - Publié dans : Mon premier roman - Communauté : La poésie est éternelle
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Jeudi 24 février 2011 4 24 /02 /Fév /2011 08:19

Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.

 

1001-raisons-de-changer-le-monde-petit

 

EMPLOI

 

 

 

 

L : Parce que la plupart de nos citoyens travaillent trop et n’ont pas assez de temps pour eux-mêmes.  Partout dans le monde, beaucoup d’hommes et de femmes aimeraient avoir davantage de liberté, se sentent oppressés par le travail même si ce n’est pas le cas de tous, et heureusement. En France, pays pourtant développé et parmi les plus riches du monde,  il a été constaté qu’un individu sur quatre consomme des psychotropes. Ce sont des médicaments qui regroupent les antidépresseurs, les anxiolytiques, les somnifères et autres calmants pour le mental. Même si beaucoup en abusent sans même avoir l’assurance de la nécessité d’en consommer, on ne peut écarter l’hypothèse que peu de gens nagent en plein bonheur.

Et que dire des consommateurs de cocaïne ??? Les jeunes de banlieues fument le shit pour échapper à une triste réalité, et les cadres insérés dans la société prennent des doses de coke pour supporter l’absurdité de leur rythme de travail.  Nous avons pu entendre des témoignages de personnalités travaillant dans des secteurs exigeant une grande productivité, qui affirmaient que certains employés utilisaient la cocaïne afin d’être davantage performants et de supporter les lourdes responsabilités ou horaires qu’on leur incombait. Parmi ces secteurs, les différents témoins nous ont cité l’hôtellerie, la publicité, la finance comme le milieu des traders ou des avocats d’affaires.

M : Parce que j’ai pas envie de faire comme maman, d’arriver tout le temps énervée ou fatiguée à la maison parce que je rentrerai tard de mon travail. 

J : Parce que métro boulot dodo c’est pas une vie mais un instant de survie qui peut durer toute une nuit, j’apprécierais de m’lever tôt si j’dormais pas dans le métro, si j’étais pas un fantôme pour la femme de mes atomes, et qu’avec elle le soir j’boive l’apéro, non pas avec mes collègues de bureau. Tout ça m’rend ouf et quand j’m’essouffle suriné par ce rythme barbare, j’sors les médocs ou la coke du tiroir, une p’tite dose ça m’remet bien dans mes panards.  

A : Parce que sous le drapeau d’une patrie soumise à son économie, s’agitent les mains d’un peuple aigri, qui ne souhaite que vivre sa vie. Le capitalisme devient vite un vice, et le profit engendre mépris, quel artifice ! Des ventres débordent, bondés d’inutilités, quand certains se pendent aux cordes, convaincus de leur nullité. N’apprenons à faire des affaires qu’en des mesures bien nécessaires, soyons heureux sans plus de besoin, que la chaleur d’une tendre main.

 

L : Parce que le harcèlement moral au travail est un fléau qu’il faut enrayer, mais pas seulement en traitant les plaintes des victimes. C’est en janvier 2002, sous le gouvernement Jospin, que cette procédure devint une infraction au code du travail. Cependant, si l’on veut s’occuper du problème à la racine, c’est tout le système qui est à revoir si l’on veut espérer réduire de moitié les risques de harcèlement. A savoir, diminuer autant que possible le stress des employés, des cadres et des patrons, surveiller et bien réguler une équipe de travail en faisant en sorte que la compagnie de ses collègues soit agréable. Afin que les dirigeants ne soient pas stressés et ne répercutent pas leurs mauvaises ondes sur le personnel, le gouvernement doit établir une politique économique et sociale qui garantisse la bonne marche des entreprises. Tout cela passe par le respect mutuel, par des horaires décents et par l’abandon des objectifs financiers qui vont à l'encontre de l'intérêt commun, car à l’heure actuelle le challenge est tellement important et peut avoir de telles répercussions sur nous-mêmes que les êtres se modifient : ils vont contre leur propre nature car ils n’ont pas le choix.  La diminution des pressions quelles qu’elles soient, la reconnaissance du travail accompli, est une finalité à rechercher ;  ne plus être une machine pour certains,  en un mot ou deux : redevenir « humain ».

A : Parce que sous les coups des mots, des ordres insensés, des remarques déplacées, sous les frappes de rires mesquins, effacés, échappés de corps diaboliques, se meurt une âme, comme une vitre brisée sous une lumière dramatique. Nos carnets de routes sont couverts de montagnes aux pics plus ou moins accentués, aux gorges plus ou moins rougeoyantes, mais il en est des milliers, que l’on peut rendre moins éreintantes, en s’épargnant des collègues plein de fiente : alors je vous le dis, Messieurs les braves députés, soyez bon juges quant à vos lois, car  je ne veux pas que mon emploi, soit pire qu’un bagne réputé.

M : Parce que le voisin, l’autre jour, il voulait même pas aller travailler ! Il s’est enfermé toute la semaine chez lui et un jour, maman m’a dit que le docteur est allé le voir : il allait vraiment pas bien. Le pire c’est qu’il est gentil avec moi, j’aime pas le voir triste. 

J : Parce que l’taf ça devient flippant, trop de tyrans, trop de gens mal dans leur peau nous irritent salement, souvent, ils en ont pas conscience, c’est soulant, ils ont eu la vie dure, cherchent à nous envoyer droit dans l’mur, pour qu’enfin on soit comme eux, pas souriant, pas marrant, c’est sûr, c’est dur, ça rassure pas alors j’durcis mon pas et passe mon temps les yeux en bas, balbutie devant ces barbares qui m’comprennent pas, ils jouent avec le feu, et s’prennent pour des dieux, mais qu’est-ce qu’ils attendent pour changer, eux ?

 

L : Parce que si le suicide lié aux conditions de travail n’est pas nouveau, il n’en demeure pas moins qu’on l’impute en grande partie à la hausse du stress dans les entreprises.

J : Parce que Laurent était plus qu’un mec marrant : mari charmant, jouer avec ses enfants était pour lui un épatant moment. Le front grincheux par mauvais temps, il n’aimait pas notre président, un père de famille entreprenant dont l'entreprise entra en crise d’adolescence : il dut alors s’en occuper assidûment, c’est là qu’il rata le coche avec Laurent, qui comme ses associés du bâtiment, s’en prit salement et plein les dents. Laurent devait produire, pour vous dire, aussi rapidement qu’un Chinois sous Guronsan, si bien qu’au fil des ans, la dépression le gagna lentement, pour qu’un jour on le retrouve, la corde au cou pendant.  

M : Parce que, heu...J'ai pas tout compris mais ça a l'air trop triste, ce que vous dites.

A : Parce qu’un enfant ne peut comprendre, dans son innocence tendre, que le travail peut-être exécrable, au point que l’on commette l’irréparable. Quel diable incontrôlable, qu’est cette société pourtant affable ! Bourreau que l’on adore, du fil noir de sa hache nos ombres se détachent, tandis que certains dorent, au soleil de son amphore.

 

J : Parce qu’on licencie en cachant les vrais motifs, certains patrons ont autant de raisons qu’un taré émotif et moi et mes tifs on se raidit quand les radis désertent nos baggys7, quand le gros plein de fric brandit la rupture choc, celle qui pousse mes potes à taper dans les portes, à gueuler qu’on veut pas de leurs carottes. Le chômage c’est pour nous, le dix ans d’âge c’est pour eux, et nous, heureux d’avoir du fromage sur nos pâtes, derrière eux, peureux de perdre le patrimoine de leurs pairs. 

L : Parce que les licenciements abusifs deviennent chose commune au 20 Heures et prennent leur source dans la cupidité et le laxisme des hommes. La philanthropie a autant sa place au sein d’un conseil d’administration que dans un foyer familial : le chef d’entreprise qui se trouve dans l’obligation de licencier doit s’exécuter au profit d’un intérêt général, c’est-à-dire en évitant une catastrophe plus importante que la perte de centaines d’emplois, et non pour l’intérêt de quelques actionnaires.

D’autant que nombre de licenciements restent suspects quant à leur nécessité : en mars 2009, d’après LCI, le groupe industriel Total supprime 550 postes malgré un bénéfice de 14 milliards d’euros. Le 26 aout 2009, le syndicat suisse Unia dénonce les licenciements de Globus SA, une chaine de magasins suisses, malgré un bénéfice de 140 millions d’euros. BT, groupe de téléphonie Britannique annonçait en 2008 la suppression de 10 000 emplois malgré une hausse des bénéfices de 18%, selon la chaîne d’information France 24. En juin 2009, la CFDT s’insurge devant l’annonce de licenciements chez un groupe de transport Drômois malgré des résultats en hausse. Moulinex, Burberry, Swiss Life...nombre d’entreprises ont fait l’objet d’articles à caractère dénonciateur dans des journaux ou encore des blogs internet.

Ainsi, afin d’avoir un contrôle sur les comptes cachés des entreprises, la Lutte Ouvrière préconise d’imposer la suppression du secret des affaires. Mais la faute n’est pas à imputer uniquement aux entrepreneurs mais au système, car notre rôle est d’en reboucher continuellement les failles.

M : Parce que si je travaillais pour quelqu’un depuis vingt ans, je lui ferais un procès s’il me retirait mon travail ! Moi j’pense que tant qu’une usine n'est pas réduite en cendres on peut pas dire aux gens de partir comme s'ils valaient rien. 

A : Parce qu’on veut vivre comme le vent, se sentir libre du nord au sud, brasser de nos ailes la plénitude et garder nos âmes au firmament. Damoclès, dure épée au dessus de nos vies, ne trouve place entre les mains de mauvais hommes ; sa charge écrasante lorsque le glas sonne, ne devrait appartenir qu’aux vertueux non envieux.

 

J : Parce que le stress fait du zèle et dans ses ailes il nous presse, fluidité liquidité sa race noire coule dans mes veines, pour supporter l’iniquité ma femme dit de n’pas s’inquiéter, on est en quête de liberté car on voudrait moins saigner, sur le sujet j’insiste notre budget est sinistre, le temps nous manque, on tente de tenir sans s’attarder sur nos tares, on profite tant qu’on peut quand on s’éloigne du pire, le peu d’air pur qu’on possède, on le garde pour pas mal finir.

L : Parce que le travail c’est la santé, seulement s’il ne la ruine pas, et que c’est agréable d’aimer à penser qu’on se lève pour aller travailler. Mais trop de gens sont exploités au travail, comme ces cueilleuses de feuilles de thé au Sri Lanka, qui transpirent douze heures par jour et sont payées vingt centimes d’euros par kilo ramassé, ou bien les deux-cent-onze millions d’enfants et plus, dans le monde, âgés de cinq à quatorze ans et qu’on oblige à travailler. Dans le Sommet Mondial pour les enfants organisé par l’ONU en 1990, Kofi Annan a annoncé que l’ONU a “misérablement échoué à protéger les droits essentiels des enfants”. Le plus choquant reste peut-être la qualité de vie des ouvriers immigrés travaillant à Dubaï, véritable cité futuriste : quelques milliers d’employés du bâtiment vivent dans des conditions insalubres et gagnent à peine de quoi subvenir aux besoins de leur famille. En France, nous avons plus de chance (n’oublions pas tout de même que dans les pays riches aussi, bon nombre d’enfants sont exploités, à la ferme par exemple, dans des industries textiles, etc.) mais les conditions se dégradent de plus en plus. Les patrons comme les salariés subissent trop de pression, doivent payer trop de charges, n’ont pas assez de temps pour eux et la société engendre de plus en plus de stress pathologique, de mal-être et sans doute d’individualisme.  Que faut-il faire du capitalisme ? Le réformer ? Le détruire ? La faute incombe en grande partie aux actionnaires trop gourmands, qui n’ont pas conscience des réalités de la vie dans les entreprises dont ils exercent une forte influence.

M : Parce que quand je lis tout ça, j’ai vraiment, vraiment, vraiment pas envie d’aller travailler plus tard...l’école ça va à peu près parce qu’on s’amuse et que j’suis avec mes copines...mais quand je serai grande, je voudrais être d’abord avec mon mari, mes enfants, et pas passer ma vie dans mon bureau !

A : Parce que le stress, cet étouffant général, tire sans pitié, sur des rythmes cannibales ; une armée de balles dont les poings assassins, percutent nos organes à s’en vriller l’intestin. Plus le temps passe et plus il nous écharpe, le stress et ses toxines frappent et refrappent, chacune de nos cellules blessée par l’infortune, dont peu s’en soucient, dont peu s’en méfient, et un jour la maladie survient ;  personne ne s’y attendait, pas même les copains, alors que les années ne comptaient plus les râles, de notre âme aux prises avec le mal.

 

L : Parce qu’il est impératif que l’ambiance au travail soit agréable : nombreux sont ceux à faire un job qui n’est pas une vocation ; les personnes qui le peuvent ont soit énormément de chance, voire de bonnes relations, soit ont été dans l’obligation de faire des sacrifices pour se faire une place. Lorsqu’on est jeune, sans doute pense-t-on qu’il y a assez de travail pour tout le monde. La vocation, c’est avoir pour métier sa passion disait Stendhal. Mais la société actuelle fait qu’il y a cent postes de plombier pour deux postes de musiciens par exemple, alors que faire pour améliorer la vie d’un peuple qui choisit  son métier en fonction des débouchés ? Optimiser les conditions de travail est une nécessité en attendant que tout le monde trouve sa place.

J : Parce que j’suis prof même si mon truc c’est l’rap, heureusement que j’adore mes p’tites frappes mais sans mes doses, mes rimes,  honnêtement j’dérape. Un disque d’or et puis on m’a jeté à la trappe, mes dents ont vu le sol quand l’major m’a lâché la grappe, franchement c’est pas d’bol, aujourd’hui j’ai autant de temps qu’un nudiste a de vêtements, c’est dire si dans l’art, mon évolution prend du retard ; j’galère plus qu’un nègre qui rame pour semer une vague lancée par l’sheitane8.

M : Parce que la vie, le travail, tout ça, ça a quand même l’air vachement difficile. Faudrait qu’on arrive à ce que tout devienne plus simple pour que les gens soient heureux, ça doit être possible, on est quand même l’espèce la plus intelligente de la planète !

A : Parce que les fleurs du mal sont autant que les faucheuses du bien, mais dans l’incertain l’essentiel est d’œuvrer pour le bien. Dame Nature, goûte donc à mon ambition ! Elle est droite et blanche, comme une utopique nation. A Dieu j’ai dit que son diktat ne dictera pas le sens insolent, de mes pas indolents : nul ne souhaite trop de douleur, tous l’on veut paître dans le bonheur. Hommes sans foi, hommes de loi, cessez donc de mener notre société, en des gouffres où l’argent fait la loi. Au salarié doté d’une paie peu charmante, donnez-lui le droit équitable, qui est que le midi à sa table, se partagent des moments de détente, continuité d’une bonne humeur qui règne en chacune des heures de labeur.  

 

M : Parce qu’il devrait pas y avoir des riches et des pauvres ! On est tous égaux m’a dit Jean ! Alors si c’est vrai, pourquoi est-ce qu’on fait en sorte de mettre des barrières entre les gens, pourquoi est-ce qu’on n'empêche pas les riches d’être trop riches s’il y’a des gens qui sont malheureux !?

J : Parce que d’ordinaire on dit que si l’on persévère, la vie devient moins amère, que tous l’on peut voir la lumière, mais certains ont droit à trop de soleil, face à ceux qui s’en tirent par merveille, car le SMIC devient cynique quand le loyer sert de pompe à fric.

L : Parce que le RMA, Revenu Maximum Autorisé, devient une nécessité face à un homme à qui la sagesse fait défaut, mais en parallèle à cela, il y aurait mille autres mesures à appliquer. Comment dire à un homme qui se serait enrichi par un travail honnête qu’il ne peut gagner plus d’une certaine somme alors qu’il génère des millions d’euros ? Le monde devrait avoir bien changé, de façon à ce qu’il puisse considérer les conséquences de son partage. Peut-être faudra-t-il renoncer un jour au capitalisme : on ne travaille plus pour soi, mais pour la société, qui elle, nous fait vivre ; c’est un principe qui est déjà appliqué avec les impôts mais pour cela, il faudrait avoir une grande confiance envers le gouvernement, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. L’État lui-même est dépassé par la gestion de la société, devenue trop compliquée. Si pour augmenter le revenu minimal, la seule solution serait d’instaurer un revenu maximal alors il faut franchir le pas. L’essentiel étant de trouver une solution afin que chacun ne passe pas son temps à survivre au lieu de vivre.

A : Parce que si la raison, noble vertueuse et prophète de tous temps, s’accorde à la foi, des idées curieuses jusqu’au dernier des Coran, c’est pour clamer sagement, d’une voix forte et assurée, que l’ancestral acte d’aumône, appartient aux hommes entiers. De l’impôt à la Zakat, il n’y a pas d’initiés qui ne parlent de distribuer, toutes ces richesses écarlates, aux pauvres et aux mal-logés. Pourtant en 2009, on m’a dit ne rien voir de neuf. La misère affaiblie ? Peut-être, mais plus mes yeux grandissent et plus mon cœur rétrécit.  

 

M : Parce que j’veux pas passer le reste de ma vie à travailler et avoir des p’tits bouts de vacances ! Encore là ça va parce que j’suis à l’école, mais déjà ils abusent à nous faire faire des devoirs le soir, avec mes copines on en a marre. J’me dis que j’ai hâte d’être adulte pour être tranquille mais c’est encore pire en fait !!

A : Parce qu’enfant de Dieu, milliard d’atomes dont l’existence n’existe que par nos sens, nous roulons par les cieux dans un chariot chaleureux. Mais la charge qu’il transporte, issue d’un travail laborieux, pèse souvent plus lourd que la culpabilité d’un Bush, prenant conscience de tous ses actes louches : toute notre vie l’on traîne une ferraille, qui sans cesse nous tiraille. Pour gagner leur pain, beaucoup se donnent entier : d’une vie, grands marins, de leur sort prisonnier, ils s’attachent à la mer comme le vent à son désert, et ne posent pied à terre qu’un instant éphémère. Alors on se meurt, ou plutôt l’on survit, pour passer des bouts de vie à rattraper nos envies, ou plutôt respirer, le plein air d’un érable, amené par le conjoint, évadé  d’une fable.

L : Parce que rares sont les jeunes à entrer sur le marché du travail avec enthousiasme. Bien sûr, s’ils ont travaillé pour avoir un emploi qui leur plaît, ils ne seront pas vraiment réticents. Mais l’idée de n’avoir que cinq semaines de congés par an à tendance à leur faire hérisser les poils. Heureusement, on parle de cinq semaines légales, c’est à dire le minimum. Autrement, il faut savoir qu’il y a une différence entre les jours ouvrés (une semaine compte pour 5 jours) et les jours ouvrables (une semaine compte pour 6 jours).  Ainsi, si une personne a droit à 30 jours de congés par an, elle disposera en réalité d’une semaine de vacances de plus si  son employeur se base sur une semaine de jours ouvrés plutôt qu’une semaine de jours ouvrables. En effet, si elle prend une semaine de jours ouvrables, il ne lui restera plus que 24 jours de congés sur les 30, car le samedi compte. Si elle prend une semaine sur les jours ouvrés, il lui restera 25 jours car on ne compte la semaine que du lundi au vendredi. De plus, avec les RTT, un employé peut ajouter des jours de congés à ses 5 semaines de bases. Sans compter les congés maternité, les jours fériés...malgré cela, je pense qu’il serait raisonnable de faire un effort pour passer de 5 à 7 semaines de congés payés garanties par an. Maurice Toesca, écrivain et membre du Conseil supérieur des lettres en 1974, avait avancé l’idée qu’une civilisation pouvait se mesurer au nombre de jours de congés arrachés par les employés à leur patron.

J : Parce que plus l’temps passe et plus j’trépasse, j’irradie et crame sous l’taf en masse comme un champ de champignons sous un gnon nucléaire. Souvent on m’traite de limace, mais à ces rats sans face, j’réponds dans un refrain vagabond, qu’avec plus de ronds la limace ferait faux bon, s’transformerait en faucon pour filer en finir avec ce taf à la con, prendre enfin ses vacances et retrouver la forme d’un p’tit garçon. Le taf me tue, j’suis l’enrhumé du pointage, qui m’glace le nez, et j’voudrais faire l’ménage, avec ces faces de pet, des collègues qui font plus que leur âge, tout ça pour être bien vus. J’veux des vacances avant d’rentrer en transe, dans l’errance, sombrer, la violence, tiraillé, en décadence, virevolter, elle devient sombre, cette danse, j’perds patience, des vacanceees !

 

L : Parce que les sans-abris sont beaucoup trop nombreux. Difficile de se faire une idée du désespoir qui hante l’âme des ces gens-là, que l’on ne considère “pas comme nous”. Selon Patrick Declerck, un philosophe, psychanalyste et anthropologue, auteur de "Les naufragés" et de "Le sang nouveau est arrivé", les sans-abris à Paris se comptent aux environs de 10 000 à 15 000 à errer dans les rues et les conditions de prises en charge de ces malchanceux sont d’une désuétude impressionnante. Certains parlent de libre arbitre, disent que l’on doit assumer nos actes et qu’on ne devient pas clochard par hasard, mais nul ne peut apporter la preuve de la responsabilité de nos actes. La volonté est un concept indéfinissable d’un point de vue scientifique ; nous sommes ce que nous sommes et nous disposons de la volonté que la nature, ou Dieu, a bien voulu nous donner. De plus, il est simple de trouver les prédispositions d’un homme à devenir clochard à un moment ou un autre de sa vie : entourage familial instable, difficulté à trouver sa place dans la société, mal-être permanent...mais certains n’en ont aucune et c’est tout simplement la vie qui s’est vue dure avec eux : la perte soudaine de son emploi, le conjoint qui quitte le foyer, un décès insupportable...personne n’est à l’abri. La société est conçue de telle sorte que chacun trouve sa place et puisse trouver son bonheur, mais elle dispose de failles béantes que l’on se doit de combler sans avoir peur de remettre en question nos propres certitudes.

M : Parce que je voudrais pas être une clocharde plus tard, j’ai rien fait pour mériter ça. Et si je l’étais je voudrais qu’on s’occupe de moi pour m’aider à recommencer une vie normale.

J : Parce que si un jour j’clochardise ce sera pas par gourmandise, tous ces mendiants qui misent sur la tise, c’est bêtement parce que la vie les brise ! Dégaines blasées de haine, tailladées par le système, ils sont fatigués des hyènes, elles les ont bouffés jusqu’à la moelle. On est loin de dormir sur un bloc, le béton c’est pour nous un support, quand pour certains c’est la mort.

A : Parce qu’en marge de nous, à l’écart des fous, il y a ces hommes à genoux, qui pour remplir leur trou, mendient quelques sous. Dans l’insalubrité grandit leur lucidité ; elle touche un ciel qui nous a épargné, se répand sur leur monde pour enfin déborder sur notre âme immonde. Et l’on ne les comprend pas, et l’on ne s’en soucie pas, ces fantômes teintés d’hématomes, dont on traverse chaque matin, chaque chagrin, leurs corps de  marins morts.

 

L : Parce que les artistes ne font que survivre dans cette société. Certains les croient même fainéants, d’autres en décalage avec notre monde, alors que leur logique ne fait que s’inscrire sur un chemin de pensée qui passe du pragmatisme à l’émotionnel. Dans les médias, nous voyons une multitude d’artistes briller par le succès, mais autour de nous nous en connaissons un, voire deux qui galèrent, alors qu’ils sont bien plus nombreux à manger des patates tous les jours qu’à investir dans une maison pour leurs parents. Hors les premiers n’ont pas moins de talent que les autres, c’est parfois même l’inverse ! Il serait peut-être judicieux de s’attarder davantage sur les subventions à fournir à un artiste qui produit un travail acharné jour après jour sans voir ses efforts récompensés sur le moment. “En tant qu’artistes, nous sommes à la merci des autres pour réussir notre vie”, disait Normand Reid, un peintre et écrivain allemand du XXème siècle.

M : Parce que tout le monde devrait avoir le droit de vivre normalement, surtout ceux qui font un travail génial ! Comment on peut faire des super choses toute sa vie et ne pas avoir d’argent pour vivre ?

J : Parce que l’artiste, que je suis, n’est plus que l’ombre, de sa nuit, malgré tout on garde la tête haute, visant à pas commettre de faute. Notre soleil est noir ébène, hé dis-moi, si magnifiques sont nos ébauches, pourquoi crois-tu, que tant de baume, vois-tu, est étalé sur nos ganaches9 ? A une mignonne amie, artiste, de Cramoisy, on proposa, posément, un mariage pour le fric ; plan moisi. Le conseiller, un salarié ANPE, d’où mon sale rire ; la haine, peineux, je suis, devant le pire.

A : Parce que l’artiste est cette fleur, arrachée de son être, à qui même le désert, n’arrive à faire peur. Malgré les intempéries elle poussera, malgré la pluie elle grandira, malgré le vent elle s’élèvera, et si par son sort, brimée elle pleurera, si de ses pétales pleins de couleurs, naîtra le terne sur sa candeur, elle restera et combattra, pour nous prouver toute sa valeur. Cette fleur étrange qui arrose nos cœurs, peine sans paraître à trouver le bonheur, donnez-lui de l’eau et de l’amour, car jamais elle ne vous jouera des tours.

 

– Et encore un chapitre de terminé, un ! s’exclama Jean. Il n’est que deux heures, si on arrive à rester productif on aura peut-être terminé ce soir.

– Alors on enchaîne, acquiesça Laurie d’un air bien décidé.


Par skyjoe - Publié dans : Mon premier roman - Communauté : le vinaigre pour désinfecter
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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 10:00

Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.


 

1001-raisons-de-changer-le-monde-petit

 


 

CONFLITS


 

 

 

– Bon on s'en sort plutôt bien, mais il reste beaucoup à écrire, remarqua Adnane. Nous devrions prendre la relève de Mika puisque c'est elle qui a trouvé toutes les idées jusque là.

– Le premier à trouver un argument n'aura qu'à le formuler avant les autres, proposa Laurie, et on se chargera de le décliner comme on l'a fait avec Mika.

Le livre commençait à prendre forme et pour le moment, personne n'était à cours d'idée. Ce fut Jean qui amena la suite : il lança le thème des guerres et évoqua la ville de Soumy, en Ukraine, une cité victime d’un nettoyage ethnique russe lors de la seconde guerre mondiale. L'idée lui était passée par la tête car la veille, il fut emporté dans une discussion bardée d’histoire avec le grand-père d'un élève d’origine ukrainienne.

 

J : Parce que j'préfèrerais presque être SDF à Paris qu'un damné veuf à Soumy, dont la robe parfumée d'une femme aurait flirtée avec la noire fumée d'un lance-flamme. Ou j’préfèrerais encore être curé à Sodome que l'homme dont la bonne amie devient bombe humaine, une kamikaze  en phase avec l’ami du pire entrée dans la case martyr, parce que le manque d’espoir l’a saignée jusqu'au sang le plus noir.

L : Parce que des gens vivent chaque jour, heure après heure, chaque minute passée de leur journée, sous la menace des bombes. Le 10 janvier 2008, par exemple, dix-huit tonnes de bombes ont été lâchées par l'armée de l'air des États-Unis dans les faubourgs  d'un pays en guerre. Aucun être humain au monde ne devrait accepter ça.

M : Parce que les bombes, ça devrait même pas exister, c'est vraiment trop nul et les hommes doivent vraiment être trop bêtes pour utiliser ça. J'suis trop dégoutée.

A : Parce que le hurlement d'une bombe séduit les gémissements d’un cœur, qui à l'élévation d'une tombe, pourrit avec toute  sa candeur.

 

L : Parce que la mort ne doit pas faire partie du quotidien d'un homme. Sun Tzu, un philosophe chinois réputé, explique dans son ouvrage L'Art de la Guerre, qu'une bonne guerre consiste à soumettre son ennemi sans combattre.

M : Parce que personne devrait mourir avant d'avoir au moins quatre vingt dix neuf ans, bordel de crotte !

J : Parce que des gens honnêtes se crèvent à perdurer, devant la défaite d'amis assassinés dans la durée ; c'est le temps qui tue, avant que le travail ne soit achevé par des tirs perdus...j'ai vu un homme qui dans ses yeux n'avait qu'un sale passé, son soucis c'était pas l'crédit d'un appart bien lisse, plutôt porter au plus loin la vie de son fils.

A : Parce que la grande faucheuse, jamais ne dort. Vieille comme le vent, ses crocs tabassent et bien fort mordent. Ils passent et soufflent de façon lasse, éloignant le désir et les faibles remords. Dame noire, visiteuse à l'improviste, qui si la chance nous sourit oubliera que l'on existe, jamais ne s'ennuie. Les éprouvés la connaissent bien ; ils la croisent tous les matins. Ils sont le centre d'un manège, autour duquel comme une catin, elle tourne, s’emmêle comme de la neige, se plaît à balader ses mains, sur des mères et leurs bambins,  des pères sans aucun destin : ils frissonnent, grippés par un froid malsain, qui à leur dos s'est agrippé, dans un refrain bien quotidien.

 

M : Parce que c'est comme si ici, nous on vivait au paradis et eux en enfer. Nous, on a de la chance mais en même temps y’a des gens qui sont malheureux alors qu'ils ont jamais rien demandé à personne.

L : Parce que le sort des victimes de guerres est tellement funeste qu'aucun d'entre nous n'est à même de ressentir la tristesse et le désespoir qu'ils éprouvent. L'empathie est essentielle à l'espèce humaine car elle nous permet d'aider nos voisins, ceux qui vivent dans la peur, à garder l'espoir d'un avenir meilleur. C’est cette empathie qui a contribué à la création d’Organisations Non Gouvernementales. Quelques milliers d'ONG sont «recensées» en France, ainsi qu'environ 880 000 associations. Malgré ce nombre considérable d’entreprises vouées à changer les choses, bon nombre d'hommes et femmes des pays pauvres restent condamnés à supporter une bien triste vie.

A : Parce que le Paradis, venu poser un pied sur terre, traîna derrière lui un sale vaurien qui crache et qui rote, gamin que l’on appelle enfer ; plutôt que de le tuer, amis, façonnons-le de nos mains afin que nos lendemains soient moins incertains.

J : Parce que la mort se marre pendant qu’on s’admire, des barres4. Nos uzis fusillent ceux qu’auraient pu être nos amis ; vu du ciel on s’imagine mal le malaise de fourmis, anéanties comme des espèces qui ne prennent pas d’espace dans nos vies.

 

A : Parce que même les plus grandes forces ont des faiblesses, et devant de grandes puissances leur garde se baisse. Fidèles à leur éthique, elles ne se rendent pas, mais glisseront pas à pas, si l’économie prend le pas.

L : Parce que  même l’Organisation des Nations Unies ne peut empêcher des actes inhumains à caractères internationaux de se produire.  L’intérêt pour la paix dans le monde devrait primer avant tout autre chose, ce qui n’est pas encore le cas.  “La paix est un rêve suspendu” : Kofi Annan, Secrétaire général de l’ONU de 2001 à 2006.

M : Parce que l’ONU, je crois qu'elle peut rien contre les méchants, des fois. Y’a des pays qui font la guerre alors qu’ils font partie des Nations Unies.

J : Parce que l’ONU épure tant qu’il peut les pays dont l’pus contamine sans pudeur. Père de famille dont les gosses fument et tisent5, sa faute est de les élever dans une tour de Pise.

 

A : Parce que nul ne souhaite que l’heure sonne, que les vivants s’endorment et que la colombe abandonne, que nos enfants enterrent notre passé d’un œil terne, et que le vieillard au bas front creuse pour un fils mort au front.

M : Parce que j’irai jamais faire la guerre, même si on me forçait, qu’on m’attrapait par les cheveux et qu’on me criait dessus. Aller tuer des gens que j’connais même pas, non mais faut être un peu toc-toc.

L : Parce que  nombre d’artistes, tels que Boris Vian ou encore Kerry James par exemple, se sont déclarés comme des déserteurs potentiels si on les envoyait à la guerre. Défendre son pays, oui, à condition d’avoir des raisons dont le fondement est ancré dans la roche, car les moyens d’accéder à la paix durable et globale sont en notre possession.

J : Parce que j’irai pas à la guerre racler la terre, protéger mes arrières pour un combat de sales bonhommes qui savent pas gérer de vieilles hormones. Regardez-moi bien, monsieur le Président, comme vous j’ai des enfants, comme vous, j’ai été un enfant, comme vous, j’suis encore un enfant, ma sagesse n’a pas encore toutes ses dents : jamais j’irai perdre mon sang dans un combat qu’on croit édifiant.

 

J : Parce que les guerres sont méprisables ; par leurs emprises infâmes sur l'homme, comme ces femmes qui disent j’t’aime pour l’oseille, pour détruire elles n'ont pas leur pareil ; si l’gars n’est pas assez sage, son cerveau prend le large ; il répercute la violence et ses idées de démence, elle s’introduit dans l’étui d’son esprit pour charger le flingue qui lui évitera de passer pour une baltringue6 : tout ça peut rester dans sa tête, si la pensée ne guide l'acte malhonnête, mais la vengeance sonne et s’entête. Les guerres sont ces femmes vénales qui nous emmènent au pays des chacals, là où peu nous importe, sur qui les balles se frottent.

L : Parce qu’on a vu des soldats perdre pied, devenir fous et l’on a été contraint de créer des cellules psychologiques tant certains étaient traumatisés par ce qu’ils avaient vécu, ou ce qu’ils avaient pu voir. En ce qui concerne les civils, parmi les réfugiés, une étude annonce que quatre-vingt pour cent de ceux-ci souffrent de troubles psychiques lorsqu’ils restent exposés à une incursion ennemie.

M : Parce que la guerre moi ça me donne envie de vomir alors quand je pense à ceux qui se battent et qui voient leurs copains mourir et qui ont peur de mourir eux-mêmes, j’me dis qu’ils doivent avoir envie de dégueuler toutes les secondes...bwerk.

A : Parce que nous sommes l’abeille qui pique pour se défendre, le lion qui devient fou en cage, mais à ces races nous ne pouvons prétendre, même si l’instinct bourrine notre œsophage : c’est un bien vilain esclandre, même s’il nous évite le sarcophage, à le maîtriser nous devons apprendre, afin d’éviter le naufrage. Tantôt il nous sauve comme un chaleureux fauve, tantôt il nous tue, vieillard bien obtu.

 

M : Parce que c’est facile de faire la guerre quand on reste tranquilou bilou à la maison.

A : Parce que l’agresseur se terre à défaut de se taire, remplit les vases corruptibles, de collègues intangibles, et caresse sous son gant de velours, la foule trompée par ce semblant d'amour.

L : Parce que  les guerres sont amenées essentiellement par des dictateurs, même si certains refusent cette appellation. Pour en finir avec cela, ces hommes devraient être stoppés avant d’avoir le temps d’agir, par une force supérieure indépendante de tout gouvernement.  Il existe aujourd’hui des institutions judiciaires fondées pour juger des criminels de guerre, mais il me semble qu'aucune d'entre elle n'est censée stopper ces crimes avant qu’ils ne se produisent. L’ONU a créé deux cours judiciaires : la Cour Internationale de Justice (CIJ), mise en œuvre en 1946, qui juge les États responsables de crimes de guerre, et la Cour Pénale Internationale (CPI), créée lors d’une conférence de l’ONU en 1998, chargée de juger les individus criminels. Mais la CIJ reste impuissante concernant les conflits majeurs entre pays ayant une grande envergure sur la scène internationale, et de plus, de nombreux États refusent de se comparaître à leur jugement.

J : Parce que les hommes d’État ne font pas état des tas de morts, lorsqu’il s’agit d’étaler leur puissance dans une allée de macchabés menant à l’or jaune, noir, devant lequel ils aiment s’agenouiller. Bétail dans une étable nommée État, on pleure, on se met dans tous nos états face aux décès détestables ; c’est pas l’cas du fan des guerres dont les photos de famille sont posées sur l’étagère, non pas dans un cimetière.

 

A : Parce que le  jour où j’eus cette chance, malgré la guerre, la déchéance, d’avoir trouvé un peu de pain, je descendis dans ma rue, misérable par les bombes parcourue, en offrir à mon voisin, brave homme sympa et boute-en-train. Montant les marches de son escalier gris, je pensais au regard qui eut croisé mon chemin, celui d’un fier et dur gamin. Mélange d’amertume et d’autorité, Dieu qu’il avait l’air triste ! Effleurant la sonnette de mon voisin bien honnête, prêt à entrer et partager le pain de l’amitié, je sentis le  regard enfantin, une nouvelle fois sur moi se poser. Il était noir, il était froid et métallique, et je devins hagard, et j’étais droit et pathétique ! Lorsque de mon dos, du sang s’échappa d’un trou cynique, perforé par un tir propre et tragique. Arme à la main, l’enfant s’approcha rapidement, dénué de moment d’égarement, pour croquer un bout de mon pain, sans même rassasier sa faim.

L : Parce qu’il existe encore des pays où vivent des enfants soldats, et que l’adolescence ne rime pas avec "fusil d’assaut". L’effectif de ces enfants, d’après l’ONU, est de 250 000 dans le monde et à 100 000 en Afrique.  Nombre de traités internationaux et protocoles ont été mis en vigueur afin d’enrayer cette prolifération, mais ils n’ont que peu d’effet sur les gouvernements et milices qui sont prêts à tout pour gagner un conflit.

M : Parce que déjà que j’aime pas les pistolets à eau...imaginez si à l’école on nous apportait une arme, et qu’on nous disait “Allez les enfants, sortez tous et battez-vous”. Je me sauverai en courant !

J : Parce qu’un enfant qui nique un homme c’est cynique à mort, j’irai pas dire à mon gosse de partir à la casse, de faire de la mélasse d’un cœur déjà plein de bosses, j’veux pas qu’il soit fugace mais dans la vie plutôt sans traces de coups et blessures menant à la fosse.

 

M : Parce qu’il faut être fou pour avoir une bombe capable de faire sauter tout un pays. Quand j’serai impératrice ça sera interdit tout ça.

J : Parce que j’voudrais vivre dans un monde où j’pourrais laisser ma nuque à l’air, pas flipper d’me retrouver l'calbute en l’air projeté par du nucléaire, Hiroshima ils ont assassinés vos mères, vos frères et vos pères, ça me rend amer, ça pue l’enfer et nos repères s’perdent dans un souffle pervers quand les bombes pètent et persévèrent.

L : Parce que la bombe nucléaire mais aussi bon nombre d’armes vicieuses et inhumaines doivent disparaître de la surface de la terre.  Lors de la conférence de l’ONU sur la non prolifération des armes nucléaires en 2005, il a été dit, je cite : L’usage d’armes nucléaires, qu’il soit accidentel ou intentionnel, risque de provoquer des pertes en vies humaines et des perturbations économiques dans des proportions catastrophiques. L’arrêt de la prolifération de ces armes et de leur usage, par des États ou des agents non étatiques, doit demeurer la première priorité de la sécurité collective”. C’est le principe du TNP (Traité de Non Prolifération Nucléaire) conclut en 1968 par le biais de l’ONU et signé à ce jour par 191 États. Ce Traité implique, entre autre, que les États adhérents s’engagent à ne pas aider des alliés à se doter de l’arme nucléaire, mais sont aussi éventuellement chargés de les aider à se procurer du nucléaire à des fins civiles. L’adhésion à ce traité par la France ne l’a pas empêché de pratiquer des essais nucléaires, notamment en novembre 2008, avec le missile stratégique M51. Pourtant, l’article VI du Traité stipule que chacune de ses parties s’engage à cesser sa course aux armements nucléaires et à un désarmement général. Cependant, la France n’est pas le seul pays à respecter ce texte dans les conditions qui l’arrangent. C’est pourquoi un Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires (TICEN) a été ouvert à signature en 1996. Seul bémol : à cette date, il n’est pas encore entré en vigueur.

A : Parce qu’un bras armé, fort généreux, adorable vertueux et grand seigneur, sur son poignet drapé, bande le malheur des nymphes d’une république en pleurs. Les plus grandes démocraties sont en proie à l’infamie, elles possèdent sous leurs ailes des bombes à en couvrir le ciel ; effaçons de ces plumes de vautours, l’horreur qui nous jouera des tours.

 

J : Parce que la mode dans l’monde ce sont les armes et ses armées, les pays s’exclament et jurent ; “regardez, j’suis fort, me faites pas du tord ou j’vous bats à mort”. J’vous garantie pas le sésame mais, sachez que le Panama est sans armée, sans doute son âme est au Nirvana, loin de Panam et ses pires alliés. 

M : Parce qu’en fait j'comprends pas pourquoi on se fait la guerre. Avec tout ce qu’il y a à manger sur la planète, y’en a assez pour tout le monde, non ? Moi je pense que les hommes sont bêtes et qu’on devrait leur laver le cerveau. 

L : Parce que tous, nous avons les clés en main pour vivre en pleine harmonie, qui plus est à l’heure de la mondialisation. Mika a raison : il y a assez de ressources naturelles pour tout le monde et les nouvelles technologies doivent nous aider à consommer de façon à respecter la planète. Pour cela, les guerres sont abominables et infondées. Quelques pays ont choisis de ne pas avoir d’armée, comme le Panama ou Andorre, même si ce sont généralement des îles ou des principautés. La Constitution du Panama précise qu’elle n’a pas d’armée, le Costa-Rica déclare qu’elle n’est pas permanente, ainsi que le Liechtenstein.  

A : Parce que Jésus s’armait bien jusqu’aux dents, Moïse raffolait des bains de sang et Buddha était un roi du carnage, avec son sabre plein de rage. Gandhi, lui, avait comme adoré dada d’assassiner avec son pistolet Howdah, et Victor Hugo, ce satané salaud, appréciait jouer du couteau sur les gorges de péquenauds. Stupidité risible, fabulation révélatrice ! Demandez donc aux fabuleux guerriers, s’ils étaient fiers de leur épée. Ils vous diront que les véritables héros, sont ceux qui s’arment de mots.

 

À table, Mika !

Ce fut Madame B. qui sonna l'heure de la pause déjeuner : Adnane, Jean et Laurie se décidèrent donc à prendre la voie de Mika, se dirigeant vers leur cuisine respective afin de se préparer à manger. La petite fille n'eut évidemment pas cet effort à faire. En revanche, Mika eut beaucoup de mal à se concentrer sur son repas, impatiente de reprendre l'écriture du livre.

Une heure plus tard à peine, les quatre écrivains étaient de nouveau devant leur ordinateur.

Au fait, c’est quoi changer le monde, pour vous ? questionna Laurie avant de reprendre l’écriture.

Tu veux dire d’après notre propre expérience ou bien selon le livre de Mika ? l’interrogea Adnane.

Je parle du livre que l’on est en train d’écrire, précisa Laurie. Ce que je veux dire c’est, “quel message souhaite-t-on faire passer ?”. Doit-on amener des propositions, des solutions, doit-on avoir un discours moralisateur, persuasif, détaché...?

Rien de tout cela je pense, déclara Jean. Prend plutôt cela comme une sorte de coup de gueule avancé de manière artistique, où chaque lecteur pourra se reconnaître dedans.

Tu n’as pas tort mais je ne suis pas entièrement d’accord avec toi, rétorqua Adnane. Nous pourrions aussi proposer des choses, du moins amener des esquisses d’idées sur lesquelles le lecteur pourrait se reposer.

Ok, mais pour ça, comme je disais tout à l’heure, intervint Laurie, il faudrait qu’on définisse bien ce que signifie pour nous cette phrase, “changer le monde”.

Bin c’est pas compliqué, lança Mika pour qui rien n’était difficile. C’est juste être le meilleur partout dans tout ce qui est bien : être le meilleur papa du monde, le meilleur mari, le meilleur voisin, le meilleur copain, le meilleur travailleur, tout ça quoi.

Comme d’habitude Mika vise juste, remarqua Adnane. C’est presque ça. En réalité, si l’on devait donner une définition de “changer le monde”, se serait faire au mieux avec ce que la nature nous a donné.

Et l’altruisme dans tout ça ? précisa Laurie. Faire au mieux, ok, mais si on fait tout pour soi je ne vois pas l’intérêt.

– “L’humanité est un mille-pattes qui ne peut avancer droit que si tous ses membres avancent ensemble”...cita Adnane d’un auteur dont il connaissait presque tous les livres.

Donc “changer le monde” c’est faire prendre à l’humanité une bonne direction, que cela soit dans la vie de tous les jours ou dans notre profession, conclut Laurie.

– Ouais, et bien je ne sais pas pour vous mais moi j’aimerais bien que notre bouquin avance un peu plus vite qu’un mille-pattes tétraplégique, remarqua Jean. On ferait bien de s’y remettre !

Par skyjoe - Publié dans : Mon premier roman - Communauté : Je n'ai de compte à rendre à personne !
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 19:49

Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.

Bonne lecture :)

 

1001-raisons-de-changer-le-monde-petit

 

 

AMOUR

 

 

Mika : Parce qu'il faut que les gens s'aiment encore plus : c’est pas compliqué ! Ça sert à rien de s’taper sur la tronche, comme ils font ces idiots de garçons à la cantine qu’on croise tout le temps avec Julie. C’est toujours les mêmes qui cherchent la bagarre mais finalement ils se retrouvent avec des heures de colle et finissent l’école après tout le monde.

Tous cogitèrent quelques minutes afin d'embrayer sur l'argument avancé par Mika, puis se fut Adnane qui se lança :

Adnane : Parce qu'une telle naïveté n'a de finalité qu'un amour de titan, qu'elle transperce nos êtres d'une humilité grandiose. C'est comme une faille dans l'espace-temps, un pas de géant pour nos enfants, un pansement d'osmose digne de sauver nos ecchymoses.

Laurie: Parce que c'est beau, simplement, et tellement vrai, que l'on ne doit pas abandonner nos rêves, ne serait-ce que pour faire honneur aux Lumières de tous temps et tous pays, ces personnalités d'un siècle passé. Combien de philosophes ont séjourné en prison pour avoir remis en question les dogmes d'hier, en érigeant l’amour au premier plan devant tous ceux-ci ? 

Jean : Parce que c'délire aspire à grandir, à sortir le pire de nos esprits pyromanes et qu'on pourrait finir par aller au plus mal, alors cessons d'aller au plumard : prenons les armes les plus morales, pour moi la plume de mon art.

 

La conclusion du professeur de Mika était plutôt bien réussie : Jean n'avait rien perdu de ses talents de rappeur. Quant à Adnane, pour le moment, il ne faisait que s'échauffer : figures de styles et rimes endiablées fuseraient bientôt dans son esprit. Ils continuèrent ainsi pendant un long moment.

 

M : Parce que sinon je le regretterai toute ma vie, et j'serai pas fière de moi et mes enfants non plus, et pas grand monde m'aimera et sur ma tombe on mettra Mika B. et c'est tout et y aura pas beaucoup de fleurs, alors que moi j'veux plein de fleurs à mon enterrement.

Précoce cette petite...remarqua Adnane.

Le vieux professeur se plongea dans ses pensées afin de trouver les mots qui s'adapteraient à l'idée de Mika.

A : Parce qu'éphémères sont les rouges éclats des tulipes, draps de soie brodés par des doigts uniques, ils honorent nos sens, posés délicatement sur un cadre de faïence. Regretter de ne pas les avoir vues, c'est mourir sans même avoir vécu.

L : Parce que si on arrive à la fin de sa vie et que l'on se rend compte qu’on a pensé principalement qu'à soi, on mourra sans doute amer et malheureux. Jean Jaurès, un homme politique français qui s'était illustré par son opposition au déclenchement de la Première Guerre Mondiale, affirmait qu'on ne devait avoir ni regret pour le passé, ni remord pour le présent, et pleinement confiance en l'avenir : il ne nous reste plus qu’à grandir et dépasser nos limites, faire le bien et le transmettre en surmontant tous les obstacles qui se dresseront sur notre route.

J : Parce que j'rappe sur un fil qui s'il casse, jamais tombera dans l'oubli : ma vie est une toile, sur vos idées fades j'ai mis les voiles, araignée du soir je tisse l'espoir pour que l’chagrin crève entre mes mains d’fêtard.

 

M :Parce que j'suis sûre que je peux plein de choses, si j'veux j'serai même présidente plus tard ! Je ferai des parcs d'attractions avec plein de jeux pour les enfants qui n’ont pas d'argent et des restaurants gratuits pour les pauvres, et on pourra vivre dans des maisons gratuitement !

J : Parce que j'craque mon slip si on m'braque mon égotrip1, j'baisserai pas les bras comme une balance qu'a pas de chance, qu'on pousse à la démence, à dénoncer ses potes, les paradis de son errance. Arnaqueur, j'endors l'impuissance et use de mon insolence pour porter ma volonté plus haut que le mont McKinley.

L : Parce nul n'est impuissant et chaque citoyen a le devoir d'agir : c'est en quelque sorte le compromis pour notre liberté, mais surtout, c’est prendre pleinement possession de son humanité en donnant et en recherchant le meilleur de nous-mêmes.

A : Parce que les fabuleuses ailes, celles des machines dans le ciel, sont à l'image de ce que l'on devrait espérer, et non des grands bras ballants d'un homme au visage altéré, le passé couvert d'errance : solides et fières, elles brandissent toute leur puissance, nous portent où elles le souhaitent, clamant que sans chercher à paraître, elles resteront grandes et ouvertes, pour nos esprits qui les ont fait naître.  

 

M : Parce que j'aime tout le monde, même les méchants qui le méritent pas, je sais pas pourquoi. Peut-être parce que maman elle me dit que j’suis pas gentille des fois, pourtant ça ne l’empêche pas de m’aimer. J'me dis qu'ils doivent pas être méchants des pieds à la tête.

L : Parce que l'amour se doit d'être inconditionnel et universel ; il est temps d'apprendre à considérer les gens comme ils sont et les aimer tels quels, même si certains sont sur une voie dangereuse et que l’on n’arrive pas à comprendre leurs motivations. Notre devoir est de les remettre sur le droit chemin, aussi dure soit la tâche. Victor Hugo l'avait bien compris, puisqu'il condamna à maintes reprises la peine de mort.

A : Parce qu'aimer c'est aussi beau qu'une affliction infernale, crépitant dans les flammes ardentes, du bal de la Saint Val. : amour et haine sont dans la même attente. Influencés par nos hormones, nos deux amis bavassent et débattent, vidant ou emplissant nos pensées mornes, sous l'œil opiniâtre, d'un juge fort bellâtre. L’amour mérite bien un coup de pouce, car les sens qu’en nous il émousse, provoquent joie et bonheur, eux n’anéantissent jamais nos cœurs.

J : Parce que j'avoue j'ai vu des volontés voler plus haut qu'une vie pleine de valeur. Ça force le respect et marcher sur leur pas grandit notre honneur. J'voudrais penser comme ces poètes qui paradaient sur les pavés, philosophaient forts de leur foi, un peu timbrés, fiers et fidèles à notre famille de terriens foirés.

 

– Excellent, remarqua Adnane. Si on ne perd rien de notre inspiration, on serait bien capable de terminer cette œuvre en une nuit. A toi Mika, tu as quelque chose à proposer ?

Question à réponse évidente ; la demoiselle avait en dépit de son jeune âge une ribambelle d'idées, qui voltigeaient à droite et à gauche de son cerveau d'enfant.  Elle écrivit donc sa phrase sans peine, qui fut aussitôt suivie par les différentes déclinaisons des adultes.

 

M : Parce qu'on me dit tout le temps que la vie c'est plus compliqué que ça, que j'comprendrai quand j'serai grande, mais je m'en fiche de tout ça, j’veux juste que les gens soient heureux. J’suis sûr que c’est pas si difficile, on dirait que les adultes n’ont pas la réponse en fait.

A : Parce qu'à minuit l'on devient, à six heures on s'éveille, à huit heures on veut faire savoir qu'on est là, on entreprend, on crée, l’espoir débordant de vanité. Et à midi l’on commence à comprendre, à seize heures on désespère...mais à la fin de notre vie, on est sage et l'on a accompli. Telle est la destinée d’un homme, celle d’une humanité faite pour être bonne.

L : Parce que comme disait Marbeau, conseiller d'Etat français né en 1825, “les gens qui se sentent incapables de dominer la vie sont d'un grand pessimisme”. Or le pessimisme c'est ne pas croire en l'avenir, et ne pas croire, c'est renoncer d'avance. Alors on doit croire en notre capacité à changer le cours des choses, et avancer.

J : Parce que croit pas que les croque-mitaines qui compliquent ta pensée, s'rendant complices de grosses migraines détraquant ta volonté, sont en droit de chasser tes bonnes idées. Ils finiront par s’éclipser,  serpents de Sodome au sourire suffisant, premier soucis de l'homme, pourtant si affligeants, médisants.

 

M : Parce qu'on peut pas être égoïste ! Et d'ailleurs comment on fera si on a besoin de quelqu'un qu'on n'a jamais, jamais aidé ? Il risque de nous dire d’aller nous faire voir.

L : Parce que je pense que parmi ces personnes que nous n'avons jamais aidé -comme tu dis Mika-, il y en aura toujours qui seront là pour les autres malgré tout, parce qu'elles sont dotées d'une intelligence dont on a tendance à manquer...Elles sont capables de donner sans condition et qui plus est, d’en expliquer la raison. C’est pourquoi nous devons prendre exemple sur elles.

J : Parce que l'égoïsme hisse les schismes à leur paroxysme et hausse le ton de l'individualisme. Alors même si j'assume le seum2 à son summum, vieille terreur qui pourrit mon humeur, moi, p't-être malin mais pas malsain, j'cracherai pas sur l'ange gardien qui fera de moi un gars bien.

Parce que...

       ...les mots s'embrassent

              quand les hommes s'enlacent

Mais les phrases s'arrachent

              sous les coups de hache.

 

M : Parce que Mère Teresa c'est la meilleure ! Baisse-toffe comme dit maman.

L : Parce qu'il n'y a pas que Mère Teresa heureusement, que tout le monde est capable d'avoir de bonnes idées et peut œuvrer pour améliorer le quotidien de chacun. Comme par exemple Muhammad Yunus, un entrepreneur économiste Bangladais qui a inventé le microcrédit, aidant ainsi financièrement les nombreux pauvres des pays sous-développés. Ou bien ma voisine, dont le simple sourire du matin enchante ma journée. Chacun fait avec ses moyens mais peut donner le meilleur de lui-même.

A : Parce que les cœurs sont des lotus dont l'abîme ne demande qu'à s'ouvrir. Ils rôdent, sombres nautilus, dans la vase d'un absurde empire, étouffés par les nimbus de l'eau qui déverse ses soupirs. Et quand vient le jour, ils foudroient le ciel, racines ancrées au sol, transpercent de leur amour la surface noirâtre d'une eau calme et folle, rayonnant à leur tour, comme ces mystérieuses lucioles que la nuit nous abandonne. Ainsi les cœurs sont des lotus, prêts à cracher tel un volcan, les tristes us que par malheur ils eussent, pour que d'un seul coup, chantant fièrement, ils se rendent grands et édifiants.

J : Parce que j'lâche mon chlass3 laissant c't'attache aux lâches, et débarrasse à coup de godasse les miteux sans audace, les vieux rageux baveux, les envieux, ceux qui gardent tout pour eux. Et si tu m'prends pour un dératé, sache que j'm'attends à des ratés, pourquoi pas déraper, mais j'resterai pas attristé sans m’activer par ce que la vie a érodé, alors plutôt que de dérailler passe-moi les rames et râle en évitant de m'irriter car tu ferais mieux de m'imiter.

 

Vous êtes en forme les poètes, dites-donc ! remarqua Laurie, impressionnée par cette dernière prestation.

Ça peut aller, lui répondit Jean. Pour une fois, l’inspiration m’est venue rapidement.

Moi de même, avoua Adnane. Et je suis heureux de constater que tu n’as pas perdu le talent que tu m’avais dévoilé dans ta jeunesse.

Merci prof ! répondit l’ancien élève maintenant presque trentenaire, flatté.

Si monsieur Adnane c’est le professeur de mon professeur, on peut dire que c’est mon grand-professeur alors ? s’interrogea Mika.

Ah ah ! Oui, pourquoi pas, acquiesça Jean.

Ca ne vous parait pas bizarre de passer du poème au rap, après nos discours plutôt communs à Mika et moi ? demanda Laurie.

Non, le lecteur s’y fera à partir du moment où il est prévenu, répondit Adnane. Et proposer une diversité dans le style des réponses permettra à son esprit de s’évader un peu.

Le principal, c'est qu’il comprenne que le texte que j'écris est rappé, ce qui signifie que je joue sur l'intonation et le rythme, ce qu'on appelle le flow.

Le flow ? s'interrogea Adnane.

Oui, par exemple quand j'écris «j'avoue j'ai vu des volontés voler plus haut», ça peut sembler bizarre de lire «j'avoue j'ai vu». Mais dans ma façon de poser les mots, de les chanter, c'est essentiel pour donner du style à mon rap, comme en poésie, où chaque poète rythme ses textes de façon différente.

A ce propos, lança Laurie en s’adressant au vieux professeur, c’est moi ou bien votre façon de ponctuer vos phrases est étrange ?

Non, vous êtes dans le vrai, avoua Adnane. Les virgules ne sont pas disposées de la même façon que lorsque j’écris un texte classique car dans le cas présent, il s’agit d’adopter un style poétique. Par conséquent le rythme de lecture n’est pas le même.

– Ok, je comprends mieux, répondit Laurie.

Moi, je ne comprends pas toujours ce que vous dites, intervint la petite fille.

Tu t’en sors très bien Mika, lui dit Jean en la rassurant. Tu sais quoi, je pense qu’on pourra même l’étudier en cours. Comme ça, je t’expliquerai tout ce que tu n’as pas compris.

On en a bientôt fini avec le chapitre de l’amour, est-ce que tu veux qu’on commence à ta place pour le reste ? proposa Adnane, pensant que la jeune fille devait être à court d’inspiration.

Oh bin j’ai encore des idées, répondit-elle naturellement.

Cette petite est pleine de ressources, remarqua Adnane.

Allez, on s’y remet, lança Laurie. Il est bientôt midi et Mika ne va pas tarder à aller manger, je pense.

Pas grave, j’ai pas très faim, répondit Mika.

Ah, l'insouciance et les enfants...écrivit Adnane. Où s’est donc caché le temps de mes sept ans ?

Sans doute très, très, très loin, répondit Jean en plaisantant. Déjà, du temps de mes sept ans, vous en aviez quarante...

Saleté, lâcha Adnane en souriant.

Waooow...le dinosaure...! lança Mika comme pour enfoncer un peu plus le sexagénaire.

Quelques minutes après, ils s’étaient décidés à reprendre l’écriture du livre.

 

M : Parce que c’est pas drôle la vie si on se fixe pas de buts impossibles. D’ailleurs perso, si j’étais un personnage de dessin animé, j’préfèrerai être Batman que Casimir. Même si j'adore Casimir, hein !

Tout le monde sourit à la lecture de ces propos. Puis Adnane tapota sa prose, tournant la phrase de Mika à la manière d’un chef pâtissier qui transformerait une tartine au beurre de cacahuète en Opéra au chocolat, sans omettre une pointe d’humour.

A : Parce que l’errance d’une chauve-souris que tant d'hommes apprécient grâce au don de sa vie, est de même nature que l’amour d’une pomme de terre sur pattes marquée d’un gros derrière. Le sacrifice s’élève aux côtés du sacré, pour que nos enfants esquivent l’absence de sûreté.

L : Parce que chaque homme nait libre et égal en droit à ses semblables, ce qui implique que chacun peut accéder au sommet, du moins le sommet qui correspond à ses moyens et ses envies. C’est la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : “ARTICLE PREMIER : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit, les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune”. Il existe une Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, rédigée deux siècles plus tard, mais elle a moins d’impact que la déclaration française dans le sens où cette dernière possède le privilège d’avoir une portée juridique.

J : Parce qu’à l’école les copains peinent tous à copier Batman, mais qu’à l’approche d’une p’tite vie avec p’tits enfants et p’tit appart, on préfère porter des plus p’tits poids, passer notre foi de Superman à la Peugeot cinq portes sans s’frotter aux plus grosses proies.

 

M : Parce que j’le veux et puis c’est tout !

A : Parce que nos idées au clair de lune, dansent en l’océan nocturne et vrillent autour de blonds arceaux, accélérant l’envol de nos idéaux. Ces aigles intrépides à l’allure solide, dont les pauvres proies servent de repas froid, n’adhèrent aux projets insipides, qu’en cas de vols maladroits. Nous sommes ce fier oiseau d’opéra, des rois prêts à défendre tout ce en quoi l’on croit, crânant pour resplendir et sûrs d’une seule aubaine, qu’il n’existe plus belle peine que  de mourir sur scène.

L : Parce que pouvoir c’est d’abord vouloir. “Le pouvoir de tout modifier souverainement réside dans notre volonté”. William Shakespeare.

J : Parce que si on attend la permission d’acquérir protection en éloignant la perversion, y’a plus qu’à s’coucher comme un clébard en soumission, s’rouler par terre terrorisé, une nouvelle tradition ; plier, prier, baisser l'caleçon.

Par skyjoe - Publié dans : Mon premier roman - Communauté : La poésie est éternelle
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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 10:47

Chaque semaine, une partie du roman vous sera dévoilée, jusque dans son intégralité.

Bonne lecture :)


1001-raisons-de-changer-le-monde-petit.jpg

 

 

1001 RAISONS DE CHANGER LE MONDE

 

 

Mika : Parce que j'veux pas mourir idiote sans avoir rien fait de bien dans ma vie ! En fait, j'veux pas mourir tout court mais quand ça arrivera, j'espère que je laisserai plein de bonnes choses pour les autres.

Jean : Parce que j'rappe pour réagir, jamais pourrir et jamais partir, cracher mon âme jusqu'à la sœur de Fenrir et parader parmi les macchabés du paradis ou par ici, sans saccader ni sourciller.

Laurie : Parce qu'on a qu'une vie et qu'on se doit tous de l'exploiter au mieux pour que chacun de nous soit heureux. Marcel Proust, un auteur admirable né en 1871, disait "il valait mieux rêver sa vie que de la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver", car en son sens, il n'y avait qu'en la vivant pleinement que l'on réalisait ses rêves.

Adnane : Parce que quand l’albatros décolle et vole, c’est sans aucun bémol qu’il nous dévoile ses charmes d'étoile folle…Il ravit chacun de nos regards, soulève nos cœurs hagards, dont la bravoure se fait rare, et crible d'antidotes notre orgueil désinvolte. Symbole, exemple à prendre, nul ne se lasse de l'entendre, ce roi que nos vies admirent, sous les ponts de notre Empire, dont la mesquinerie doucement empire.

 

Il faisait beau ce jour-là : en dépit du froid sec, le soleil imposait sa lueur magistrale sur la toile bleue qui couvrait nos têtes. On approchait des fêtes de Noël, et les rues de la ville étaient recouvertes d'un doux manteau blanc, si bien que les enfants, dispensés d'école le mercredi, s'étaient rués sur les trottoirs afin de profiter de bons moments de franches rigolades. Tous ? Si Mika n'était pas indifférente à la neige, elle n'en restait pas moins soumise à une autre priorité qui la poussait à rester cloîtrée chez elle.

Madame B., mère de Mika, s'inquiétait pour sa fille qui à son goût, passait beaucoup trop de temps sur l'ordinateur de la maison. Mika était en classe de CP : fillette relativement sage, son exercice préféré était de tenter de comprendre ce qui se passait dans la tête des adultes. Un passe-temps qui lui valait d'être souvent mise au coin à cause des conseils qu'elle se permettait de donner à ses professeurs, la faisant passer pour une demoiselle insolente. De sa cuisine, madame B. s'était laissée aller à contempler les flocons de neige qui recommençaient à s'éparpiller doucement sur la grande étendue bleue du ciel, lorsqu'elle pensa à sa fille :

Qu'est ce que tu fais Mika ? demanda-t-elle en détournant son regard de la fenêtre.

Une visioconférence, m'man ! lança Mika du fond du salon, derrière l'écran vingt-deux pouces qui lui bloquait quelque peu la vue.

Tu sais faire ça toi ? s'étonna sa mère en se dirigeant vers Mika. Et avec qui ?

Bah oui, on le fait souvent à l'école, répondit Mika, les yeux rivés sur l'écran.

Ah pardon, j'ignorais que ma fille était un petit génie de l'informatique, remarqua madame B. Laisse-moi voir...je n'ai pas envie que tu parles à n'importe qui.

Trois personnes apparaissaient sur l'écran d'ordinateur de Mika. Dans le coin en haut à gauche, on pouvait voir le visage d'un homme relativement jeune, la trentaine peut-être. Il s'agissait du professeur de Mika : le teint basané, rasé de près, son regard un peu taquin laissait percevoir une intelligence peu banale.

Ah mais je le connais lui, fit remarquer madame B. Tu parles à ton prof en dehors des cours ?

Bin oui, répondit innocemment Mika.

En quel honneur ?

On va écrire un livre...dit Mika non sans une pointe de contentement malgré sa voix hésitante.

Avec ton prof ? En voilà une bonne idée !

C’est vrai ? C'est moi qui l'ai trouvée !

Et les autres, là, c'est qui ? demanda la maman, apercevant un autre homme ainsi qu'une femme à l'écran.

Lui, là, dit Mika en désignant le visage en haut à droite, c'est Adnane. Il est marrant.

Marrant ? On ne dirait pas...pourquoi est-ce que tu penses ça ?

Il dit des trucs sérieux, mais des fois on dirait qu'il oublie de quoi il voulait parler, répondit la jeune fille en gloussant de rire.

Adnane était professeur de lettres à l'université et membre de l'Académie française. Agé d'une cinquantaine d'années, il avait le physique type du bon vieil érudit, lunettes abaissées sur son nez et barbe grisâtre. Mika n'était pas en retard sur son sens critique : effectivement, il arrivait de temps en temps que l'homme s'embourbât dans ses propres explications lorsqu'elles frôlaient une complexité difficilement abordable. Brillant intellectuel, il n'en restait pas moins un poète chez qui le sens pratique perdait quelquefois du terrain face à ses sentiments.

Ça me fait un peu bizarre que tu parles à tous ces adultes, tout de même, lança madame B. à sa fille. Tu ne voudrais pas avoir des occupations de ton âge, plutôt ?

Non, c'est pas marrant, bouda Mika.

Moui, et bien laisse-moi leur parler un peu, pour savoir ce qu'ils veulent au juste.

Mais c'est pas eux, c'est moi, s'indigna Mika en tentant de récupérer la place que venait de lui prendre sa mère sur la chaise.

Tut tut tut, je suis ta mère, je sais ce que j'ai à faire. Et cesse de me pousser, bon sang !

Madame B. apprit donc que lors d'un cours avec M. Bedine, le professeur des écoles de Mika, sa fille avait tenté d’imposer aux autres élèves son opinion quant à la nécessité de changer le monde. Bien sûr, elle n'était pas en mesure d'apporter beaucoup d'arguments en sa faveur, mais elle était tellement sûre d'elle qu'elle voulait imposer sa vision, ce qui avait beaucoup  amusé M. Bedine. A la fin du cours, il avait fait une proposition à Mika : pourquoi n'écrirait-elle pas un livre expliquant son idée à l'approche des fêtes de Noël, et que l'école pourrait publier ?

Mika avait été enchantée par l'idée, mais elle était vite tombée dans l'inquiétude : elle n'aurait pas les mots nécessaires à l'écriture de tout un ouvrage !

Son professeur l'avait rassurée, lui promettant qu'il réfléchirait à tout cela : ainsi donc, ils s'étaient retrouvés quelques semaines plus tard en visioconférence. M. Bedine, Jean de son prénom, avait contacté le maître qui lui avait enseigné le français par le passé afin qu'il puisse participer au concept du livre et les aider dans leur tâche. Adnane, qui était devenu membre de l'Académie française, avait accepté avec enthousiasme : c'était devenu un bon ami de Jean, son ancien élève, pour qui il éprouvait beaucoup d'affection.

Quant à la quatrième personne qui les aiderait dans leur tâche et que madame B. pouvait voir dans la partie basse de l'écran, ce fut Adnane qui l'avait invitée à la réalisation du projet. Il s'agissait d'une bonne amie à lui du nom de Laurie Cabrol : actuellement députée à l’Assemblée Nationale, elle avait occupé quelques années auparavant la fonction de Ministre de la Culture, mais ses prises de position trop souvent en désaccord avec le Gouvernement pour lequel elle travaillait lui avait valu de préférer une place sur les bancs du Parlement. C'était une politicienne d'une cinquantaine d'années qui avait les moyens d'apporter un côté informatif à leur projet.

La maman de Mika trouvait que cette femme respirait l'ouverture d'esprit, non sans omettre un pragmatisme aiguisé. Après avoir conversé plus d'une demi-heure avec les trois adultes, et constatant que sa fille ne courait aucun danger quelconque en discutant avec eux, elle laissa Mika à ses occupations.

Je vous rappelle le concept, annonça Jean. En partant de l'idée de Mika qui est persuadée que -je la cite- «on doit changer le monde», nous allons l'aider à écrire un livre avec une idée novatrice : toutes les phrases commenceront par la conjonction parce que, afin d'insister sur l'importance de son sentiment. Est-ce que Adnane vous a expliqué l'idée ?

Vaguement, répondit Laurie.

Quand est-ce qu'on commence ? demanda Mika qui commençait à s'impatienter.

J'explique les derniers détails à Laurie et on pourra y aller, répondit Jean.

Le professeur de Mika précisa donc à la politicienne qu'ils devraient tous décliner chaque argument avec leurs propres mots et leurs propres idées. De ceci résulterait une œuvre portée par quatre personnalités dotées d'un langage différent, car Jean était rappeur avant devenir prof de français. Adnane était un as de la poésie et Laurie se chargerait de trouver des détails historiques ou sociaux à apporter à chaque argument. Quant à Mika, ses mots de petite fille de sept ans seraient un atout pour rafraîchir l'ensemble.

Pour ne pas avoir à citer nos noms à chaque nouvelle phrase, annonça Adnane, je pense que le mieux serait que chacun emploie une typographie différente.

Bonne idée, répondit Jean.

Voilà ce à quoi j'avais pensé, présenta Adnane. Une typo par spécialité et le texte de Jean serait souligné. Ça se présenterait de cette façon :

 

Jean, professeur de Mika : rappeur.

Laurie Cabrol : politicienne.

Adnane Leroy : poète.

Mika : élève de CP.

 

Ça vous va comme ça ? demanda Adnane.

C'est cohérent, acquiesça Laurie. Mais on mettra tout de même nos initiales au début de chaque paragraphe. On va pouvoir commencer, alors ?

Pas trop tôt ! répondit Mika.

Tu es prête ? lui demanda Jean.

Oui m'sieur !

Alors on y va, à toi l'honneur. Tu as juste à faire comme on avait dit.

Mika eut un instant d'hésitation avant d'écrire les premiers mots du livre. Mais l'impatience et l'envie qui lui brûlaient le bout des doigts la firent rapidement se décider à tapoter sur le clavier.

JE VEUX CHANGER LE MONDE !!! écrivit-elle, en le criant du fond de son cœur comme elle l'avait fait en cours.

Pourquoi ? la questionna Jean comme ils l'avaient prévu.

Par skyjoe - Publié dans : Mon premier roman - Communauté : La Sérénité dans la diversité
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  • : Tous ou presque tous les travaux de Skyjoe, dessinateur de bd et apprenti écrivain. Je cherche un travail régulier en tant que dessinateur de presse, j'ai publié en 2009 un recueil de dessins d'actualités. Si vous connaissez quelqu'un ou bien si vous êtes un journal qui est intéressé, n'hésitez pas à me contacter (lien ci-dessous).
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